Le 20 novembre 2016, la compétition de cyclo-cross à Coxyde, en Belgique, a été annulée à cause du vent. Souvenons-nous de Jean Robic, le premier champion du monde de cyclo-cross!

Jean Robic, Mont Ventoux - 9 juillet 1952
Jean Robic, Mont Ventoux - 9 juillet 1952 © AFP / Staff

Avant tout, j’entends le loup, le renard et la belette, mais surtout je vois le Breton Jean Robic, couvert de boue, à toute allure, devenir notre premier champion de cyclo-cross !

Comment peut-on être un authentique Breton et naître à Condé-lès-Vouziers, dans les Ardennes, en 1921 ? Et bien il suffit d’être le fils d’un charpentier breton, démobilisé, mais qui a choisi de rester ici pour participer à la reconstruction. Le petit Jean est encore tout gamin quand ses parents reviennent vivre dans le Morbihan.

Son père est passionné de vélo et, coureur, il ouvre une petite boutique de cycles. Jean grandit au milieu des pédaliers, des guidons, des dérailleurs et des chaînes. Pas étonnant donc qu’il fasse du vélo, en Bretagne puis à Paris.

Quelques courses, quelques succès déjà, que la Seconde Guerre mondiale éclipse.

Pourtant, Robic se fait un nom dans l’univers du cyclo-cross, du cross cyclo-pédestre comme on dit alors. Depuis le début XXe siècle, ce sport automnal et hivernal conduit les cyclistes sur des terrains accidentés, ce qui ne les empêche pas de pédaler sur route au printemps et en été.

Robic est repéré par Maurice Evard, le directeur de l’équipe cycliste Génial Lucifer. Ainsi, en pleine guerre, Lucifer fait de Robic, fils de charpentier, son champion !

Mais après le débarquement, en juin 1944, Maurice Evard s’interroge : dans un contexte de guerre, les courses sont-elles de mises ? Le journal collaborationniste Paris-Soir s’amuse de ces scrupules : Evard ne veut plus faire de course sans doute parce qu’il n’a aucun coureur de valeur ! Mais Paris-Soir nuance : à l’exception de Robic, bien entendu !

La guerre est finie ! La France est libérée mais ce n’est qu’en 1947 qu’est organisé le premier Tour de France d’après-guerre. Jean Robic y participe… D’étape en étape, il est remarqué mais jamais il ne porte le maillot jaune… Tout change dans la dernière étape ! Entre Rouen et Paris, dans la côte de Bonsecours, il s’échappe.

Aujourd’hui, une stèle a été dressée sur laquelle on peut lire :

Le 20 juillet 1947, Jean Robic s’échappe dans cette côte, prend le maillot jaune et gagne le premier Tour de France d’après-guerre !

Bravo champion ! C’est un exploit mais Robic peut-il être considéré comme un grand champion ? Il mesure 1 mètre 57 ! Dès lors, il devient "Le Lutin" et même "Le Nain Jaune", rapport à sa taille et au maillot. Mieux : on le surnomme "Trompe la mort !" Robic est aussi "Tête de cuir", en raison du casque qu’il a l’habitude de porter. … et en effet, pour lui, ce casque est une nécessité !

Jean Robic cumule les blessures. Sur le Paris-Roubaix ou sur les circuits de cyclo-cross, il ne se ménage pas. Combien de fractures ? Neuf ? Dix ? Le Breton a la tête dure !

Le coureur cycliste français Jean Robic est interviewé à son arrivée, le 20 juillet 1947, lors de la 21e étape du Tour de France Caen-Paris, vainqueur du 34ème Tour de France.
Le coureur cycliste français Jean Robic est interviewé à son arrivée, le 20 juillet 1947, lors de la 21e étape du Tour de France Caen-Paris, vainqueur du 34ème Tour de France. © AFP

En 1945, à Fontainebleau, il est champion de France de cyclo-cross.

À Toulon, en février 1950, il remporte une compétition que rapporte Vie et Bonté, le magazine de la Croix Rouge où il est question de brancards et de pansements, de postes de secours, d’une horde de secouristes et d’infirmières ! Malgré les blessures et les fractures, pas question d’arrêter. Robic est un teigneux !

En mars 1950, c’est la consécration : il devient le premier champion du monde de cyclo-cross.

Il poursuit ensuit sa carrière, sur piste, sur route et bien sûr aussi sur les terrains accidentés. En 1956, il se range des vélos et ouvre une brasserie à Paris : le casse-cou devient limonadier !

Ce dimanche 5 novembre 1980, Robic est content : accompagné d’une jolie femme, il se rend à l’auberge Le Gonfalon, à Germigny-l'Évêque, pas très loin de Paris, pour assister au banquet organisé en l’honneur des gloires du Tour de France.

Dans toutes les mémoires, Robic demeure le vainqueur du Tour de la Libération… et ça s’arrose ! Trop sans doute pour reprendre sa voiture, une Audi 100… mais pas d’inquiétude : une chambre a été réservée sur place. Pendant la soirée, entre deux verres, Robic s’inquiète : où est sa belle, celle qui aime tant les cyclistes ? Il la retrouve enlacée dans les bras d’un autre champion ! Colère, cris, bourre-pif… Ses amis cachent les clés de l’Audi ; il les retrouve… et part furieux. À 3 h 30 du matin, c’est un camion mortel qu’il rencontre. Décidément, "Le Teigneux", le "Nain Jaune", "La Tête de cuir", le champion de cyclo-cross a passé sa vie sur les terrains accidentés !

Photo prise le 4 juillet 1952 du cycliste Jean Robic dans la montée de l'Alpe d'Huez lors de la 10ème étape, Lausanne-Alpe d'Huez, du Tour de France 1952
Photo prise le 4 juillet 1952 du cycliste Jean Robic dans la montée de l'Alpe d'Huez lors de la 10ème étape, Lausanne-Alpe d'Huez, du Tour de France 1952 © AFP / STAFF
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.