Il y a 20 ans, en 1997, l’Anglais Justin Fashanu se retirait du football professionnel. Sept ans auparavant, il était le premier joueur pro à révéler son homosexualité...

Justin Fashanu
Justin Fashanu © Getty / Bob Thomas

En 1997, le footballeur Justin Fashanu était le premier professionnel à briser un tabou : le sport et l’homosexualité !

Il arrive parfois, de manière marginale, que jaillisse des terrains, et accessoirement des tribunes, un vocabulaire fleuri et imagé, avec un champ lexical savamment travaillé : « On n’est pas des pédés », « Espèce de tarlouze », ou encore « On t’encule » ! Rien d’homophobe, non, juste une douce manière d’exprimer sa virilité.

Je me souviens d’un joueur de foot anglais, devenu professionnel quand il avait peine 18 ans : Justin Fashanu. Il jouait à Norwich, à l’est de l’Angleterre. L’emblème du club est un canari ; lui est plus proche de l’aigle : un talent fulgurant !

En 1981, il passe à Nottingham Forest, pour un million de livres sterling… Ah, oui, je ne vous ai pas dit qu’il est noir, ce qui fait de lui le premier noir transféré pour une telle somme.

Je ne vous ai pas dit non plus – mais ça c’est normal, personne ne le sait encore – qu’il est homosexuel… Bien sûr, préférer les garçons n’a aucune incidence sur son jeu, les résultats le prouvent, mais ça change un peu son quotidien. À Nottingham, les rumeurs vont bon train. Changement de club, blessure, et puis c’est la confession, faite à un tabloïd, le Sun, en 1990 : Justin Fashanu fait son coming out : il est gay !

Je me souviens des trois blessures narcissiques, infligée à l’humanité, telles que les a identifiées Sigmund Freud. Il y a d’abord celle provoquée par Copernic quand il déclare que la Terre n’est pas le centre de l’univers. Puis celle de Darwin qui affirme que l’homme n’est rien d’autres qu’un animal, et la troisième, quand Freud explique que le moi n’est pas le maître de la vie psychique. Et bien voici la quatrième blessure narcissique de l’homme : celle provoquée par Justin Fashanu quand il déclare qu’on peut être à la fois footballeur professionnel et gay !

Cette nouvelle provoque un ébranlement de conscience. Jusqu’alors, pour beaucoup, l’homosexuel était faible, évidemment déviant, incapable sur le terrain de rivaliser avec de vrais mâles et leur grosse paire, de chaussures à crampons.

Justin subit des moqueries, parfois des réactions violentes. Son propre frère le rejette : pas de gay dans le foot, autrement dit c’est un sport d’homme et les homos ne seraient pas des hommes. Bah, c’était il y a si longtemps, ça a bien changé maintenant…

Je me souviens maintenant, d’Yvette Roudy… oui, Yvette Roudy, la ministre des droits de la femme en 1981, au moment où la gauche arrive au pouvoir et où l’homosexualité est dépénalisées. Il y a bien longtemps, avec Collin, nous avions été à sa rencontre. C’était pour l’émission Comme un ouragan, l’ancêtre de Panique au Mangin Palace… Nous l’avions interrogée sur les hommes, les femmes, dans les années 1980… Elle nous avait dit quelque chose d’incroyable, ça donne à peu près ça :

Vous savez, les hommes aiment être entre eux, ils adorent se comparer, regarder leurs muscles. Vous les avez vus sur un terrain quand ils marquent un but : ils se jettent les uns sur les autres, ils s’embrassent, ils se touchent, c’est l’extase !

Justin Fashanu, après son coming out, lui, n’a plus jamais connu ça… Épuisé par les moqueries, par le harcèlement, il arrête sa carrière professionnelle en 1997 et devient entraîneur dans le Maryland, aux États-Unis. Peut-être la paix, enfin ? Et bien non, ce fut l’enfer !

Un adolescent l’accuse d’agression sexuelle. Puisqu’il est homo, c’est sans doute vrai, se dit la police, qui l’arrête, et le libère, par manque de preuves. Il rentre à Londres, où de nouveau il est arrêté, même si la justice est sur le point d’abandonner les poursuites.

Justin préfère mettre fin au vacarme. Il glisse une corde autour de son cou… Il se pend, car il sait qu’il sera éternellement considéré coupable car effectivement homo.

Pour finir, je me souviens de Georges Brassens, et de sa chanson Le Blason… vous savez, celle où il disserte sur la pluralité des sens donné au mot « con », à ses homonymies : Brassens proclame que « c’est injuste, madame, et c’est désobligeant, Que ce morceau de roi de votre anatomie, Porte le même nom qu’une foule de gens ».

À l’instar du poète, il est désobligeant qu’une pratique sexuelle qui plait à plein de gens, sinon ils ne le feraient pas, soit devenue une insulte : enculé ! Tarlouzes, folles, pédés, tafioles, gouinasses : l’homosexualité et le sport est un sujet tabou. Évacuons la question du vestiaire, qui en soit n’est pas un problème, et souvenons-nous seulement de Justin Fashanu, un joueur professionnel, la quatrième blessure narcissique de l’humanité !

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