Il y a un siècle, en 1917, naissait la Coupe de France de football : cent ans et cent éditions car jamais elle n’a été interrompue, pas même pendant les conflits mondiaux...

Phase d'un match de la Coupe de France à Paris, France en avril 1930.
Phase d'un match de la Coupe de France à Paris, France en avril 1930. © Getty / Keystone-France

Charles Simon et le football

Paris est la capitale du monde ! Enfin c’est ce qu’espèrent encore les Français quand naît Charles Simon en 1882. Jeune homme, il est sportif à la Belle Époque, mais pas seulement : Charles Simon est de ceux qui organisent le football français.

Nous sommes à la grande période du patronage, quand se multiplient les associations qui ont pour vocation d’édifier la jeunesse ! L’une des principales apparaît sous un acronyme bizarre : la F.G.S.P.F., la Fédération, gymnastique et sportive, des patronages de France, fondée par le docteur Paul Michaux.

Charles Simon en fait partie, il en est même le secrétaire général sportif. En 1907, il fonde aussi le C.F.I., le Comité Français Interfédéral, un nom un peu barbare mais qui est à l’origine de la Fédération Française de Football.

Charles Simon est proche de tous ceux qui font le sport de la Belle Époque : Pierre de Coubertin, Henri Delaunay, Jules Rimet…

Baigné d’idéalisme, ils croient en un avenir de progrès, d’humanisme, notamment grâce au sport. Alors vous imaginez combien la déception est rude quand éclate la guerre, en 1914 !

Charles Simon, tué au combat

Pendant la Première Guerre mondiale, plus d’1,3 millions de militaires français meurent au combat. Une soixantaine d’entre eux s’appellent Charles Simon : un prénom à la mode pour un patronyme répandu, Charles Simon. Parmi ces 60 Charles Simon, il y a le nôtre, figure des associations sportives d’avant-guerre.

Sur sa fiche militaire apparaît une date : le 15 juin 1915, quand il meurt pour la France. Rien de précis sur ce qui lui est arrivé : il est tué, c’est tout. Le préposé qui remplit la fiche militaire note soigneusement ses noms et prénom, son matricule. Il précise que Charles Simon est simple soldat au 205e régiment d’infanterie. Quant au lieu de la mort, le préposé note : tué au Labyrinthe, avant de rayer d’un coup de plume : le Labyrinthe n’est pas un lieu, c’est le nom donné à l’enchevêtrement de tranchés et de souterrains construit par les Allemands !

En fait, Charles Simon est tué sur la commune d’Écurie, dans le Pas-de-Calais. Ce détail est-il considéré comme important quand ses amis apprennent la nouvelle ? Sans doute pas. Ce qu’ils retiennent, c’est que leur poteau est bel et bien mort !

Organiser une compétions sportive à grande échelle

Le docteur Paul Michaux, fondateur et président de la Fédération des patronages de France, fait partie des amis de Charles Simon, tombé au champ d’honneur. En 1917, alors que les combats font toujours rage, il relance une idée qui avait jailli avant guerre : organiser une compétions sportive à grande échelle !

Le journal La Croix s’en fait écho, le 15 août 1917 :

Une grande épreuve nationale et interfédérale, se disputant par élimination sur le mode de la Coupe d’Angleterre.

Comme il est d’usage, la presse soutient le projet. Pour la Coupe de football, c’est la revue Les Lectures pour tous, un périodique de vulgarisation scientifique ! Populaire et édifiant : bien vu !

La Coupe Charles-Simon

Le docteur Michaux offre une coupe en argent ciselé, d’une valeur de 2 000 francs, c’est énorme, l’équivalent d’un an de salaire ouvrier.

Un nom est tout trouvé cette compétition : comme un hommage, elle s’appelle la Coupe Charles-Simon !

En octobre 1917 débute la première Coupe de France, enfin, la première Coupe Charles-Simon. Quarante-huit clubs y participent, mais les équipes sont sans cesse chamboulées : les joueurs aussi reçoivent l’ordre de rejoindre le front !

Pendant ce temps, en Russie, les Bolcheviks font la révolution et partout en Europe, les offensives se poursuivent. Dans la presse, les chroniques sportives s’enrichissent d’une aventure à feuilleton : la Coupe Charles-Simon !

Pour faire la nique à la mort, il y a le sport

La compétition dure jusqu’en mai 1918, quand la finale oppose un club disparu, l’Olympique de Pantin, au Football Club de Lyon : et 1, et 2 et 3 zéro ! Devant 2 000 spectateurs enthousiastes, ce sont les Parisiens qui remportent cette première Coupe de France, cette Coupe Charles Simon, qui rappelle, en pleine guerre, que la vie continue.

En cela, elle a sans doute donné de l’espoir aux poilus : pour faire la nique à la mort, il y a le sport !

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.