Cette année, les championnats du monde de cross-country se déroulent le dimanche 26 mars à Kampala (Ouganda)… L'occasion de revenir sur l’histoire de cette discipline !

Retour sur l'histoire du cross country avec Xavier Mauduit
Retour sur l'histoire du cross country avec Xavier Mauduit © Getty / Thomas Barwick

Quand tout renaît à l’espérance, et que l’hiver fuit loin de nous, quand la nature est reverdie, quand l’hirondelle est de retour, j’aime à revoir le cross-country, et ses champions en pleine nature qui courent !

Un sport d'origine british - of course

Bon, personne ne sera étonné de l’origine anglaise du cross-crountry. Dans la France du Second Empire, il est de bon ton de parler rosbif.

Ainsi, dès le 15 mars 1864, le mot "cross-country" apparaît dans le quotidien La Presse, mais pas avec le sens qu’il a aujourd’hui. Il est alors question d’équitation : lors du Prix de Marne « cross-country est arrivé premier ». Voici la suite, c’est savoureux : « Farintosh, à M. Roe, était second, et La Chatte, montée par M. de Terves, troisième ». Ah, on savait rire sous le Second Empire.

Donc, quand les Français entendent parler pour la première fois de cross-country, ils pensent à de l’équitation, et pas seulement au nom du cheval : c’est une épreuve aussi à travers ("cross") la campagne ("country"), où les obstacles sont des haies, des rivières et autres clôtures.

Un jockey et son cheval font du cross-country, enlevez le cheval, qu’est-ce qu’il reste ? Et bien un coureur…

De l'équitation à la course à pieds

Pratiquer l’équitation est un signe de distinction sociale au XIXe siècle car cette activité coûte cher. La course à pied, elle, est bien plus abordable : il s’agit là d’une discipline scolaire et salutaire qui connaît un fort engouement populaire. D’autant qu’elle ne nécessite pas de pistes ou de routes carrossées car il est possible de courir à travers champs : de là naît le cross-country partout en France.

Tenez, 27 août 1889 : L’Écho de Paris donne le compte-rendu d’un cross-country organisé près de Castres, dans le Tarn et précise que « le nombre de sportsmen de la région a été a été considérablement grossi par les deux régiments de cavalerie appelés sur le plateau du Causse par les manœuvres de brigade ».

Le parcours accidenté fait 8 500 mètres et le journal précise que lors de ce rallye de cross-country les sportsmen ont eu droit à un lunch… Décidément, les journalistes sportifs sont anglophiles !

Le cross-country qui se développe en France prend des figures différentes. Le journal L’Auto s’en moque le 6 janvier 1902 quand il rend compte d’une course très accidentée de plus de douze kilomètres : « La piste comprenait des passages très durs fort peu goûtés d’un grand nombre de jeunes gens habitués à courir le cross-country dans les allées du parc de Saint-Cloud ». V’lan pour les planqués !

1903 : naissance de la compétition de cross-country

Le cross est un sport exigeant qui mérite bien une compétition internationale. Elle est créée en 1903 et prend le doux nom de Cross des nations. C’est une escroquerie : de nations, il n’y en a que quatre et elles sont britanniques : l’Angleterre, le Pays de Galle, l’Écosse et l’Irlande.

D’ailleurs, les Anglais dominent, au moins jusqu’en 1911. C’est alors que retentit un nom que nous connaissons tous : Jean Bouin !

Le Figaro (7 février 1911) le présente comme

Le meilleur homme de vitesse de France et peut-être du monde »

Le marseillais Jean Bouin remporte le cross des nations en 1911, en 1912, en 1913 mais pas en 1914 : mobilisé, il est tué au combat. Jean Bouin aurait pu éviter d’aller au feu mais il a refusé d’être planqué : dans la Meuse, le coureur de fond est tombé au front !

1912 : la course de fond aux JO

En parallèle du cross des nations, les athlètes spécialisés dans la course de fond s’affrontent aux Jeux Olympiques depuis 1912. La discipline est alors dominée par les Finlandais…

our les JO de 1924, en France, c’est Colombes qui accueille le cross-country. En plein cagnard, l’épreuve est si violente qu’elle est surnommée le « massacre cross » : un Français abandonne, un Suédois est conduit à l’hôpital pendant la course, un autre Suédois s’écroule, avec du sang qui lui sort par la bouche et par le nez… oui, c’est un massacre !

Ainsi, quand le Finlandais Nurmi remporte la course individuelle, c’est un triomphe. Le poète Géo-Charles compose alors un poème à la gloire du cross-country où il évoque « les vaincus héroïques » mais surtout Nurmi « cerf libertaire » à « la foulée hautaine et solitaire ».

Championnat du monde de cross-country

Depuis, le cross des nations est devenu le championnat du monde de cross-country.

La discipline a disparu des Jeux Olympiques depuis le massacre de 1924 même si on en retrouve la trace dans le pentathlon moderne. Surtout, il nous reste la mémoire des champions sur les longs terrains accidentés.

Alors honneur à Nurmi et à Jean Bouin, et gloire aux vaincus héroïque !

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