René Vignal, l’un des meilleurs gardiens de l’Équipe de France, est décédé le 20 novembre 2016. Il fut aussi braqueur et écrivain, ce qui n'est pas commun !

René Vignal
René Vignal © Corbis / Universal

Prénom ? René. Nom ? Vignal. Date et lieu de naissance ? Le 12 août 1926, à Béziers (Hérault). Profession ? Célèbre gardien de but, aussi un tantinet braqueur !

René Vignal a tout juste seize ans quand il entre dans la cage de l’AS Béziers. Nous sommes en 1942 et, en pleine guerre, les tirs qui font peur ne sont pas seulement les tirs au but ! La logique voudrait que, pour être efficace, un gardien de but soit gros afin de remplir un maximum d’espace. Et bien non, René Vignal n’est pas gros. Il n’est pas grand non plus : 1,76 mètre. Sa force vient de sa détente : il bondit ! Certains disent même qu’il vole.

Grâce à lui, l’AS Béziers connaît la victoire mais à l’été 1944, la victoire qui s’annonce est celle des Alliés. En football, des coupes de la Libération sont organisées un peu partout en Europe, notamment dans le Sud de la France. René Vignal se fait remarquer pour ses talents. Il est recruté par le Toulouse Football Club où il reste trois saisons, jusqu’en 1947. Il s’envole ensuite vers Paris pour rejoindre le Racing. Là, après les privations de la guerre et devant les attraits de la capitale, Vignal succombe facilement à la tentation. Peu importe : avec le Racing, il remporte la coupe de France 1949 face au LOSC… 5 buts à 2 : vraiment, la victoire n’est pas volée !

Le gardien du Racing Paris, René Vignal, tente un sauvetage spectaculaire lors d'un match de Championnat de France contre Saint-Etienne
Le gardien du Racing Paris, René Vignal, tente un sauvetage spectaculaire lors d'un match de Championnat de France contre Saint-Etienne © Getty / Universal

René Vignal est un gardien de but que l’on remarque, de ceux dont a besoin l’Équipe de France : René joint donc les Bleus ! Le 27 avril 1949, il arrête un penalty improbable face à l’Écosse. Ce jour-là, l’équipe de France perd le match mais son gardien gagne un surnom : il est le "Français volant", le "Flying Frenchman" !

Dans ses souvenirs, Thierry Rolland dit de Vignal qu’il est un « artiste hors pair du ballon », avec « sa dégaine impossible, ses bacchantes et son style Superman de gardien volant » ! « Un marginal attachant » ! Les photographes de presse se régalent avec Vignal, suspendu dans les airs, les bras tendus ! Ses exploits lui offrent dix-sept sélections en Équipe de France mais aussi de nombreuses blessures.

Carlo Galli de l'Italie (à gauche) et le gardien de but René Vignal (à droite) lors d'un match international entre la France et l'Italie (1-3)
Carlo Galli de l'Italie (à gauche) et le gardien de but René Vignal (à droite) lors d'un match international entre la France et l'Italie (1-3) © Getty / Universal

En mai 1954, lors d’un match entre le Racing et le Stade français, il est sérieusement amoché… La blessure est fatale : à 28 ans, il doit arrêter sa carrière professionnelle. Ses espoirs de coupe du monde s’envolent !

Maintenant que René Vignal n’est plus footballeur, que va-t-il faire ? C’est un grand classique chez les anciens sportifs : il ouvre un bar, à Béziers, sa ville natale ! Après avoir stoppé les ballons, désormais, il les sert ! Mais les ballons de vin de l’Hérault ne suffisent pas à cet ancien héros de l’équipe de France : il reprend du service à l’AS Béziers en 1959, le club de sa jeunesse, l’espoir d’une renaissance mais est-ce que René renaît ? Et bien non ! Il ne joue qu’une saison, la magie n’opère plus et René Vignal met définitivement fin à sa carrière… Retour dans les bars, les bouges, les rades, là où ça traficote. Le Français volant se fait voleur ! Une vingtaine de braquages plus tard, l’ancien gardien est arrêté et mis en cage. S’il veut jouer, c’est à la balle au prisonnier !

En 1971, René Vignal est condamné à quinze ans de réclusion et l’ancien gardien découvre d’autres gardiens. Les prisons françaises ne sont pas des passoires et il purge sa peine au centre de détention de Muret, près de Toulouse. En juin 1976, à un journaliste d’Antenne 2 venu lui rend visite, Vignal explique sa descente aux enfers : la gloire, un divorce, la fréquentation les bars, l’escalade… Il dit :

Le sport m’avait beaucoup donné mais, aussi, il m’a pris beaucoup.

Vignal explique surtout qu’en prison le sport lui a permis de redevenir un homme sain de corps et d’esprit :

S’il n’y avait pas le sport en prison, il faudrait l’inventer… parce qu’il est vraiment indispensable : ça permet de se défouler, de s’évader…

Oui, il dit « de s’évader », puis marque une pause et ajoute : « une heure par jour ! » René Vignal écrit ses mémoires, intitulés Hors jeu. Gloire, chute et résurrection d’un grand champion. Il est même invité par Bernard Pivot à Apostrophe en 1978 mais ne peut venir à l’émission : la France est alors en pleine tragédie Mesrine et il est assigné à résidence. Vignal reprend ensuite une vie normale… Disons que, comme Icare, le Français volant s’était brûlé les ailes a vouloir voler trop haut !

Et aussi

Pour la blague... quelques images de René Vignal dans une cage de gardien... avec son style si particulier qui fait qu'une danseuse, Michèle Marconi s'en est inspirée pour inventer "la danse du goal" :

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