Le Grand Prix automobile de Russie se disputait le dimanche 30 avril 2017 à Sotchi, sur les bords de la mer Noire. C’était la quatrième étape du championnat du monde de Formule 1.

Étrange histoire que celle du grand prix automobile de Russie : créé en 1913, il disparaît l’année suivante, après seulement deux éditions, mais resurgit en 2014, c’est-à-dire un siècle plus tard !

Sachez que les Russes comptent un champion parmi les pionniers des courses automobiles : il s’appelle Andrei Nagel, c’est un aventurier du début du XXe siècle. En Europe, le vélocipède est alors le sport à la mode, la voiture est passionnante sans doute, mais très aléatoire : la mécanique fait faux bond au moindre virage. Pourtant c’est vers l’automobile que se dirige Andrei Nagel au début du siècle dernier. Il a alors 25 ans et s’est déjà fait un nom comme journaliste, sportif vous vous en doutez. Depuis Saint-Pétersbourg, il organise des courses de voitures qui ont un écho international : même des Français y participent. Il faut dire que la Russie est alors l’amie de la France, une alliée au sein de la Triple Entente. Des courses d’accord, mais en Russie impériale, il n’y a toujours pas de Grand Prix : Niet !

Andrei Nagel est de ces personnages au destin singulier. Il est journaliste mais pas seulement : homme du monde, cultivé, fin connaisseur de l’Occident, il est de ceux qui veulent faire entrer la Russie dans l’ère du progrès. La défaite de la Russie face au Japon en 1905 a fichu un sacré coup au moral : il faut moderniser le pays, à toute allure et en voiture. Nagel dispute plusieurs courses, notamment entre Moscou et Saint-Pétersbourg, mais ne nous emballons pas : ses qualités de pilote n’en font pas encore un champion, loin de là. Sa force à lui est de populariser les courses automobiles, dans ses journaux et par les événements qu’il organise. L’aristocratie russe découvre un nouveau loisir, mais il n’y a toujours de grand prix en Russie…

Le 15 janvier 1912, Andrei Nagel s’apprête à vivre une aventure extraordinaire : partir de Saint-Pétersbourg pour rejoindre Monaco, en automobile : c’est le rallye de Monte-Carlo ! Dans cette aventure, il est le copilote d’un Suisse, Julien Potterat, au volant de la première voiture de la marque Russo-Baltique, un véhicule qu’il a lui-même mis au point. Plus de 3 000 km avec un tacot qui frôle à peine le 20 à l’heure, et encore, en descente. Surtout, partir de Russie au mois de janvier n’est pas malin : il gèle à pierre fendre : c’est Napoléon dans son traineau lors de la retraite de Russie, c’est Sylvain Tesson dans son side-car dans Berezina !

Nagel et son compère sont emmitouflés dans de gros manteaux qui n’arrêtent pas le froid : les voitures d’alors n’ont pas de pare-brise. Un trou, dans le plancher de l’auto, permet de récupérer un peu de chaleur du moteur. Ils sont même poursuivis par des loups, un truc de fous ! Pourtant, six jours plus tard, après avoir traversé toute l’Europe, ils arrivent à Monaco. L’exploit est reconnu, le tsar les félicite. Le sport automobile a trouvé sa place en Russie où un Grand Prix est enfin créé en 1913.

Premier grand prix automobile de Russie en 1913, c’est un Russe qui gagne. Second Grand prix en 1914 : cette fois, c’est un Allemand. Puis la Guerre mondiale interrompt la partie. S’en suit la Révolution en 1917. Nagel attend un peu puis s’exile en France, en 1920. Paris est plein de chauffeurs de taxis russes…

La Russie soviétique a d’autres soucis que le plaisir bourgeois de la course automobile. Aucun Grand Prix n’est organisé pendant des décennies. Nagel, lui, meurt à Paris en 1956 et il ne fut donc pas témoins des tentatives, dans les années 1960, de faire renaître un grand prix en Union soviétique. En vain : en pleine guerre froide, la course qui prime est celle aux armements.

Au début des années 1980, l’espoir renaît de voir les pilotes s’illustrer en URSS. Léonid Brejnev met tout son poids pour organiser la course. Hélas, et c’est un désagrément d’avoir des oligarques hors d’âge, Brejnev meurt et avec lui l’hypothétique grand prix. Il n’y a jamais eu de grand prix sous l’ère soviétique et c’est un nouveau tsar, Vladimir Poutine, a le fait revenir en Russie en 2014. Un Grand Prix qu’Andrei Nagel n’a jamais couru, lui le pionnier russe du sport automobile en Russie !

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.