Sous le titre « national conservatisme », un colloque discret, à Rome, accueillie plusieurs ténors des droites radicales dans le monde. Preuve que l’extrême droite italienne, malgré ses défaites électorales, joue un rôle moteur, et que les droites radicales veulent s'unir sur un programme. C'est le monde à l'envers.

Le premier ministre hongrois Viktor Orban à son arrivée à Rome ce lundi avant de participer au colloque des droitese radicales
Le premier ministre hongrois Viktor Orban à son arrivée à Rome ce lundi avant de participer au colloque des droitese radicales © AFP / Alberto PIZZOLI / AFP

Au premier coup d’œil, on se dit : bon c’est un colloque comme il y en a des centaines. Ca se passe ce soir et surtout demain au Grand Hotel Plaza à Rome. Et on serait tenté de ne pas y accorder tellement d’importance. En plus, les journalistes vont avoir du mal à se faire une idée précise de ce qui s’y dit : à notre connaissance, les principaux médias (comme Radio France) n’ont pas reçu d’accréditation. Sauf que précisément, ça met la puce à l’oreille.

Alors, allons y regarder de plus près. Premier constat : ça se passe donc à Rome. Ce n’est pas un hasard : l’extrême droite italienne continue de se poser en leader des droites radicales en Europe. C’est, de fait, en Italie, que la droite extrême demeure le plus à même d’accéder au pouvoir. Certes, Matteo Salvini, le patron de la Ligue, reste sur une partie de poker perdue : il s’est retrouvé dans l’opposition après avoir fait chuter le gouvernement. Et il n’a pas réussi à l’emporter lors des récentes élections régionales en Emilie Romagne.

Mais attention, ce n’est peut-être que partie remise. Il a quand même décroché 32% des voix. Auxquelles il faut désormais ajouter 10% d’un parti encore plus extrême, Fratelli d’Italia, qui se revendique ouvertement post-fasciste. Sa dirigeante Georgia Meloni va ouvrir les débats de ce colloque ce soir. 

Bref, les échecs récents enregistrés par l’extrême droite italienne ne sont que relatifs. L’Italie n’a peut-être que reculé pour mieux sauter le pas un peu plus tard.

Catholiques européens, évangéliques américains et sionistes israéliens

Parmi les invités de ce colloque, on trouve aussi les autres têtes d’affiche européennes : la française Marion Maréchal, et surtout le premier ministre hongrois Viktor Orban. Son mouvement, le Fidesz, demeure suspendu au sein de la droite européenne, le PPE. Et Orban ne cache pas son désir de monter un nouveau parti chrétien européen, plus à droite. 

Plus intéressant encore que les têtes d’affiche dans ce colloque. Il y a la liste des invités écrits en plus petits. Le deuxième rideau. Ils sont peu connus du grand public. Mais leur présence simultanée à Rome raconte quelque chose.

On trouve là un savant mélange. A la fois :

  • Rysgard Legutko : ce député européen polonais est un catholique fervent, l’une des têtes pensantes du parti conservateur au pouvoir à Varsovie, le PIS.
  • Chris deMuth : lui il est américain, c’est un juriste, ancien président de l’American Enterprise Institute, un think tank très conservateur à Washington.
  • Et puis encore deux Israéliens : Ofir Haivry et surtout Yoram Hazony. Lui, c’est un intellectuel nationaliste, partisan d’un sionisme de droite, fondé sur des bases religieuses. Il a créé une revue, Azure. Et une fondation, la fondation Edmund Burke, qui joue un rôle clé dans toutes cette affaire.

Elle a fait ses débuts l’été dernier avec un premier colloque de la droite conservatrice américaine à Washington. Cette réunion de Rome est son deuxième opus.

Le poids de la religion et le refus du libéralisme

Tout ça veut dire qu’on est en présence d’un cercle de réflexion international qui vise à doter les droites radicales d’un programme, d’un corpus idéologique commun. Il suffit de lire le titre officiel de ce colloque de Rome : « National conservatisme : Dieu, honneur et patrie ».

Quel est le corpus en élaboration ? Il repose sur deux axes majeurs.

  1. Le poids de la religion: Il y a là une alliance en gestation entre des catholiques européens conservateurs voire traditionalistes, des juifs sionistes de droite, et enfin des chrétiens évangéliques américains, à l’image du vice-président américain Mike Pence. Rappelons que les évangéliques sont convaincus du prochain retour du messie à Jérusalem.

  2. La lutte contre le libéralisme sous toutes ces formes. Le libéralisme économique, avec la mondialisation commerciale qu’il comporte. Le libéralisme politique, avec L’État de droit qui l’accompagne, on sait à quel point ce n’est la tasse de thé, ni de Viktor Orban, ni de Donald Trump. Enfin le libéralisme sociétal et ses valeurs progressistes. 

L’objectif de ce national conservatisme est de s’installer comme un corpus idéologique durable, qui survive aux leaders ponctuels. C’est un projet ambitieux. Il n’est pas dit que ça marche, parce que les ambitions personnelles des hommes, a fortiori dans les mouvements nationalistes, entrent en contradiction avec ce type de projet. Mais le seul fait que cette réflexion existe, à un niveau international, témoigne de la vitalité de ces mouvements radicaux.

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