C’est une première en Europe qui va à l’encontre des idées reçues: le nouveau gouvernement autrichien a prêté serment. Et c’est une coalition entre la Droite et les Écologistes. Une alliance improbable en apparence, mais il faut la prendre au sérieux. Et si c'était prémonitoire ? C'est "le monde à l'envers".

Le chancellier autrichein Sebastian Kurz (33 ans) avec ses alliés écologistes lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement
Le chancellier autrichein Sebastian Kurz (33 ans) avec ses alliés écologistes lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement © AFP / ROLAND SCHLAGER / APA / AFP

Un peu d’allemand pour commencer. 

« Es ist möglich das Klima und die Grentzen zu schützen »

Traduction : il est tout à fait possible de protéger à la fois le climat et les frontières. Cette formule, c’est celle du chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui ajoute : « nous allons concilier le meilleur des deux mondes ». Parce que ce sont les deux enjeux majeurs de notre temps : l’environnement et l’immigration.

L’alliance de la droite et des écologistes est, à première vue, contre intuitive. La presse autrichienne la qualifie, je cite, « d’exotique ». Et a fortiori vu de France, où les Verts s’allient spontanément avec la gauche, une telle coalition a tout de la carpe et du lapin. En plus, c’est un virage à 180 degrés pour Kurz. Puisque dans son mandat précédent, il avait gouverné avec l’extrême droite, et fait adopter des mesures radicales sur l’immigration. Il y a un an encore, il était perçu comme le symbole, au cœur de l’Europe, d’une évolution inexorable du continent vers ce type de coalition Droite / Extrême Droite. Un scandale de corruption est passé par là, faisant imploser la droite extrême. Nouvelles élections à l’automne dernier, et voilà le résultat. 

Alors, bien sûr, ça ressemble d’abord à un coup tactique. Le jeune Sebastian Kurz, 33 ans, est un expert en la matière. Il a senti la question environnementale monter pendant la campagne, et avec l’appui des écologistes (14% des voix), son parti conservateur l’OVP (37%) possède une majorité au Parlement. Mais cette loi arithmétique a quand même pour résultat de créer un laboratoire politique sans précédent. Sauf évidemment i c’est juste une apparence et une coquille vide dans les faits !

La neutralité carbone en 2040

Et c’est là aussi que réside la surprise. La coquille n’est pas vide. Certes le grand parti conservateur de Kurz conserve 10 portefeuilles ministériels contre seulement 4 aux Écologistes. Mais le nouveau gouvernement est rajeuni, féminisé (plus de femmes que d’hommes). Les Verts décrochent la vice chancellerie pour leur leader Werner Kogler, le ministère de la Justice et un énorme ministère de l’écologie, confié à l’ancienne responsable d’une grosse ONG.

Le tout avec un programme ambitieux à la clé. Parmi les objectifs fixés :

  • Parvenir à la neutralité carbone en 2040, 10 ans avant l’échéance établie par l’Union Européenne. 
  • Consommer 100% d’énergies renouvelables dès 2030, c’est dans 10 ans !
  • Développer une politique de transports vert : vaste plan pour le vélo en ville, taxation accrue sur les billets d’avion, carte à 3€ par jour pour utiliser tous les transports en commun partout dans le pays.
  • Et enfin, engagement cher aux écologistes, de meilleures garanties sur la transparence de la vie publique. 

En plus localement, en Autriche, il y a déjà des expériences de coalition droite / Verts. Et puis le président autrichien, Alexander van der Bellen, est lui aussi un écologiste. Bref, tout ça finit par former un paysage cohérent.

Après l'Autriche, l'Allemagne ?

De là à voir ce type de laboratoire se propager ailleurs en Europe, c'est évidemment une autre histoire. Bon d’abord, ça existe déjà un peu, au nord de l’Europe. Dans les pays Baltes. Avec un parti qui se revendique écolo centriste, l’Union des paysans et des Verts. Il est au pouvoir en Lituanie. En Europe Occidentale cette fois, une arrivée des écologistes au pouvoir est possible en Belgique, même si l’alliance s’y ferait plus naturellement avec la gauche qu’avec la droite.

Et puis surtout, il y a l’Allemagne. L’hypothèse d’une alliance Droite / Ecologistes n’y est pas totalement farfelue. Angela Merkel est en fin de règne. Son parti, la CDU de centre droit, stagne autour de 30%. Et surtout, les Verts ne cessent de progresser. Entre 21 et 22% des voix dans les sondages d’intention de vote. Ils sont désormais la 2ème force du pays. Dans certains Länder, certains régions, Hesse, Bade Wurtemberg, ils gouvernent déjà, en coalition avec la droite. De là à imaginer leurs chefs, Robert Habeck, et Annalena Baerbock, se retrouver dans un gouvernement de coalition, voire à la chancellerie, on n’est plus totalement dans la politique fiction.

L’autrichien Sebastian Kurz dit voir dans son alliance Droite / Ecologistes, « un modèle pour l’Europe ». Ça reste un pari improbable. Mais ce n’est plus complètement incongru. 

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