Le Forum Economique Mondial (Forum de Davos) ouvre ses portes ce soir: ce club de l’élite libérale des grands patrons, va accueillir demain deux têtes d’affiche : Greta Thunberg et Donald Trump. Ce n’est pas un hasard: la particularité de ce Forum, c'est qu'il adore parler à ses adversaires. C'est le monde à l'envers.

Le 50ème Forum économique mondial va démarre dans la très chic station suisse
Le 50ème Forum économique mondial va démarre dans la très chic station suisse © AFP / Fabrice COFFRINI / AFP

Commençons par Greta Thunberg. A 17 ans, la militante écologiste suédoise, vénérée par les uns, détestée par les autres, est un peu l’incarnation de l’anti Davos. Donc on se dit : mais pourquoi l’avoir invitée ?

A 13h demain, elle interviendra sur le thème :

« Eviter une apocalypse climatique »

.Et on sait déjà ce qu’elle dira : elle l’a annoncé dans une tribune la semaine dernière dans le quotidien britannique The Guardian. C’est sans surprise : elle va appeler tous les patrons et investisseurs présents à Davos à cesser immédiatement toute forme d’investissement dans les énergies fossiles.  Ce n’est pas une bricole : selon le FMI, 90% du mix énergétique mondial reste aujourd’hui d’origine fossile et la planète continue d’engloutir des milliards de milliards dans ces énergies polluantes.

A priori, pour les apôtres du libre-échange de Davos, Greta Thunberg, c’est  donc l’ennemi par excellence : l’adversaire de la croissance à tout prix, du profit à court terme, des grands accords commerciaux qui nuisent aux circuits courts de production, etc. Et pourtant, ce 50ème Forum de Davos revendique haut et fort la présence de la militante environnementale. Parce que le Forum Economique Mondial se veut désormais « plus vert », pour un monde, je cite, « plus soutenable ». Il fait donc délibérément venir à sa table l’un de ses principaux adversaires.

Le protectionnisme de Trump contre le libéralisme de Davos

Dans le cas de Trump, c’est, à première vue, un peu différent: le président américain, qui est lui-même milliardaire, fait partie du club de cette élite. Mais Donald Trump, qui s’exprimera demain en fin de matinée, juste avant Greta Thunberg, est un autre type d’adversaire pour l’univers mondialisé de Davos. Parce que son credo n’est pas le même. Trump, c’est le mot « mondialisé » qui lui pose problème.

Sa politique économique se résume d’abord en un mot, protectionnisme, qui est à l’opposé du libre-échange professé par Davos. Trump, c’est la taxation douanière, la guerre commerciale avec la Chine et l’Europe, l’obsession de préserver les voitures et les produits agricoles des Etats—Unis, la revendication d’une protection des salariés américains. Ce n’est pas du tout le libre échange de Davos et de l’Organisation mondiale du commerce. Ce dogme dans lequel seule l’Union Européenne semble continuer de croire, tout comme elle continue de croire dans l’austérité budgétaire.

Donc en ce sens, en invitant Trump en majesté, le forum de Davos convie là encore un adversaire. Un adversaire qui le confronte aux limites, aux dérives du libre-échange mondialisé. On se résume. Il y a bien là un propre de Davos : se confronter à une parole contraire.

Une évolution sincère sur le climat ou une opération bonne conscience ?

Toute la question c'est évidemment de savoir si ça change quelque chose, si ça fait changer d’avis ce club des patrons super riches.

Première hypothèse : oui, ça déteint sur eux. Ca déclenche une prise de conscience. Prenons le climat. On sait que certains grands patrons ont une sensibilité sincère sur le sujet (exemple Emmanuel Faber, le patron de Danone). En plus le fondateur du Forum de Davos, Klaus Schwab, a écrit cette année à tous les participants une lettre solennelle, pour les inciter à limiter leurs gaz à effets de serre. Et puis l’an dernier, lors du précédent Forum de Davos, on avait perçu une préoccupation croissante face aux contestations sociales qui naissent de la mondialisation. 

Deuxième hypothèse : écouter ses adversaires, c’est uniquement pour cette élite de grands décideurs économiques, une façon de se donner bonne conscience. Bon ça fait cher la bonne conscience : le ticket d’entrée pour le Forum est quand même à 60.000 dollars minimum. Mais bon ça ne dure que deux jours par an. Et ça permet à ce club essentiellement composé d’hommes blancs quinquagénaires et sexagénaires de croire à des échanges sereins avec ses opposants. Et que donc, finalement, ce ne sont pas vraiment des opposants.

On ne va pas trancher ici entre les deux hypothèses. Mais en tous cas, si prise de conscience il y a, elle est lente. Un exemple : selon le rapport annuel de l’ONG Oxfam, publié ce matin (comme toujours désormais avant ce forum de Davos), la richesse n’a jamais été autant concentrée. Sur la planète, les 2000 personnes les plus riches possèdent désormais autant que les 4 milliards et demi d’habitants les plus pauvres.

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