C’est donc la mobilisation générale en Chine face au coronavirus, qui a déjà fait 17 morts et contaminé 500 personnes : mise en quarantaine de trois villes, annulation des festivités à Pékin pour le nouvel an lunaire. Mais cette mobilisation peut aussi dissimuler des intentions moins nobles. C'est le monde à l'envers.

Un malade en soins intensifs à l'hôpital de WuHan berceau de l'épidémie
Un malade en soins intensifs à l'hôpital de WuHan berceau de l'épidémie © AFP / The Central Hospital of Wuhan / Sputnik

A première vue, on se félicite. Forcément. La Chine met le paquet et c’est tant mieux, pour enrayer la propagation du virus. 20 millions de personnes coupées du monde dans les trois villes de Wuhan, Huanggang et Enzhou. Fermeture de la Cité interdite à Pékin, limitation des festivités du Nouvel An à partir de samedi : 400 millions de voyageurs doivent se déplacer à cette occasion en Chine.

L’Organisation Mondiale de Santé qualifié ce dispositif de 

« Réponse très très forte »

Encore une fois c’est tant mieux. C’est une réponse à la hauteur de la peur que suscitent ces virus mutants, dont on connait mal la composition, et qui se transmettent d’abord de l’animal à l’homme, puis de l’homme à l’homme, avec un taux de mortalité élevée, environ 3% pour l’instant.

La réponse chinoise, massive, est aussi de nature à rassurer les pays étrangers qui déjà s’inquiètent. Puisqu’on a relevé des cas en Thaïlande, au Japon, en Corée, aux Etats-Unis. Cette mobilisation générale montre enfin que le pouvoir chinois semble avoir tiré les leçons de la précédente épidémie, celle du SRAS il y a 17 ans, qui avait fait 800 morts. Pékin avait tardé à réagir. Depuis la Chine a grandi économiquement et a modernisé son système de santé. Elle veut donc signifier que cette fois, elle va savoir faire face.

Une main mise du pouvoir sur l'information

Tout cela est vrai. Mais cette mobilisation générale n’est pas que rassurante. Si on la regarde d’un autre point de vue, elle peut aussi servir à cacher la vérité et à dissimuler l'ampleur de l'épidémie. On connait la capacité du pouvoir chinois à étouffer certaines informations. Ces dernières années, le contrôle s’est resserré sur les rares médias indépendants. Et les réseaux sociaux sont sous surveillance permanente.

D’ailleurs, lorsque le premier cas de ce nouveau virus s’est déclaré début décembre, plusieurs personnes qui voulaient lancer l’alerte ont d’abord été interrogées pour diffusion de fausses rumeurs. Et la semaine dernière, des journalistes de Hong-Kong venus enquêter à Wuhan, le point de départ présumé de l’épidémie, ont été interpellés pendant quelques heures.

En mettant toute la zone en quarantaine, le pouvoir chinois fait quoi ? Il est en train de mettre la main sur le monopole de l’information sur le sujet. Seules les agences officielles vont pouvoir s’exprimer, et toute critique du pouvoir central sera censurée.C’est un peu comme une guerre : c’est un bon moment, un bon alibi pour verrouiller l’information et la propagande. Ça peut servir à dissimuler des lacunes.

Et des insuffisances il va forcément y en avoir. Parce que mettre en quarantaine une population de 20 millions de personnes, c’est non seulement sans précédent dans l’Histoire de l’Humanité, c’est aussi en grande partie infaisable, a fortiori pendant deux semaines au moins, durée de l’incubation du virus. Impossible par exemple d’aller tout vérifier dans les zones rurales. Impossible aussi d’évaluer les fausses déclarations médicales, dans un système de santé où la corruption est fréquente.

Un objectif de contrôle social

En résumé, il y a sans aucun doute un objectif sincère de santé publique. Mais ne soyons pas naïfs, ce n’est pas nécessairement le seul objectif. Il peut aussi y avoir une fonction de contrôle social.

D’ailleurs, c’est ce que l’Histoire nous apprend sur les quarantaines. En Italie, à Venise au 14ème et au 16ème siècles, ou un peu plus tard à Naples, ces quarantaines ont servi aussi à mettre à l’écart certaines catégories de population : les mendiants, les prostituées. Et même à certaines époques, la communauté juive.

Ce raisonnement vaut encore plus dans un pays comme la Chine où le contrôle social est généralisé. Où le pouvoir met en place la reconnaissance faciale, etc. Une partie de la population chinoise pourrait voir dans cette épidémie, pile au moment du Nouvel An, un mauvais présage pour le pouvoir de Xi Jinping. Avec la censure, tout ça sera mis sous cloche. Et puis la limitation stricte des déplacements, c’est un contrôle politique par définition, sur les bien portants. Une telle mesure serait sans doute inenvisageable, voire inconstitutionnelle en Occident.

Ces nouveaux virus à propagation rapide vont certainement nous poser ce type de défi à l’avenir : trouver l’équilibre entre protection de la santé publique et préservation des libertés.

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