Le feuilleton du procès en destitution de Donald Trump continue. Avec un nouveau rebondissement hier : les révélations que s’apprêterait à faire John Bolton, l’ancien conseiller du Président. Moralité de cet épisode : on ne se méfie jamais assez de son propre camp. C’est le « Monde à l’envers ».

John Bolton en mai 2019 lorsqu'il était encore le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump
John Bolton en mai 2019 lorsqu'il était encore le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Jusqu’à présent, enfin jusqu’à hier, tout se passait comme sur des roulettes pour Donald Trump. Le procès en destitution suivait son cours, exactement selon le scénario prévu par la Maison Blanche. Nickel chrome. Avec un show politique aux accents partisans : d’un côté l’opposition démocrate, dans le rôle de l’accusation ; de l’autre, dans le rôle de la défense, les élus républicains, unis comme un seul homme derrière Trump, via leur chef au Sénat Mitch McConnell.

Tout cela compose la mise en scène idéale pour permettre à Trump de dénoncer une « chasse aux sorcières » de nature politicienne. Avec un argument béton : vous n’avez pas de témoin clé pour prouver que j’ai cherché à tirer profit de ma position de Président pour obtenir, via l’Ukraine, une enquête sur un rival politique, Joe Biden.

Ajoutons au tableau deux autres paramètres favorables à Trump: un paysage économique globalement bon (chômage au plus bas, Bourse au plus haut, accord commercial négocié avec la Chine) et des démocrates empêtrés dans leur élection primaire, à une semaine du premier caucus dans l’Iowa. En pleine division entre leur aile gauche et leur aile centriste.

Bref, malgré les énormes soupçons pesant sur le président américain, on s’orientait vers le hold-up parfait : un procès express bouclé à la fin de cette semaine. Avec à la sortie, un Trump acquitté, blanchi, presque comme un martyr, idéal pour débuter la campagne.

Bolton témoin clé sur le soupçon d'abus de pouvoir

Et c’est donc là que surgit John Bolton, l’ancien conseiller à la sécurité nationale ! C’est comme dans la série House of Cards : l’imprévu qui dérègle la machine parfaitement huilée.

Bolton s’apprête dans deux mois à publier un livre dont voici la couverture (elle est déjà disponible sur le site de son éditeur Simon & Schuster) : The Room where it happened. La pièce où ça s’est passé. Le titre est entouré d’un liseré ovale. Vous avez compris : cette pièce, c’est le bureau ovale du président à la Maison Blanche.

Et dans ce livre, selon les révélations du New York Times avant-hier soir, John Bolton serait le témoin clé qui manque au puzzle. L’homme qui a entendu Donald Trump conditionner l’aide américaine à l’Ukraine à une enquête sur le démocrate Joe Biden. Et par-dessus le marché, Bolton se dit prêt à venir témoigner au procès devant le Sénat. 

Du coup, la machine Trump s’enrhume. Bolton appuie exactement là où ça fait mal, là où la probité de Trump est mise en cause. Et ça devient délicat de boucler le procès comme prévu à la fin de la semaine. Trois sénateurs républicains (Mitt Romney, Susan Collins, Lisa Murkowski) se disent déjà prêts à convoquer de nouveaux témoins, dont Bolton. Un sénateur républicain de plus, et c’est plié, les Démocrates auront une majorité pour convoquer ces témoins.

Le coup est difficile à parer pour Trump, parce qu’il vient de l’intérieur, d’un républicain pur jus, un dur. Comme le dit la formule prêtée à Voltaire, 

« Gardez moi de mes amis, mes ennemis je m’en occupe ».

Ça ne changera sans doute pas l’issue du procès, Trump sera acquitté. Mais tout ne se passe plus comme sur des roulettes.

Règlement de comptes ou probité institutionnelle

Il y a quand même un mystère, pourquoi Bolton fait ça ? Il peut y avoir plusieurs raisons.

Première explication, un mélange d’avidité (il cherche à vendre son bouquin) et de vengeance. Il a été viré de son poste de conseiller à la sécurité nationale en septembre dernier après un an et demi aux manettes, et c’était le poste de ses rêves. Trump finit forcément par se faire des ennemis dans son propre camp, à force de virer ses conseillers et de décider en solitaire

Deuxième explication possible : Bolton parle parce qu’il est en désaccord profond avec la politique étrangère de Trump.

Bolton est à la fois un va-t-en guerre (donc les négociations avec la Corée du Nord ou les talibans ça ne lui a jamais plu) et c’est aussi un partisan de l’OTAN, assez fidèle aux alliés européens. L’inverse de Trump.

Troisième possibilité : Bolton agit par réflexe pour défendre les institutions. C’est un homme aux positions radicales mais c’est un homme du sérail, qui n’aime pas les méthodes de diplomatie parallèle de Trump. Bolton privilégie la préservation de la démocratie américaine aux intérêts du président. 

En tous cas il y a désormais un bug dans la machine. Les avocats de Trump ont d’ailleurs commencé à changer de stratégie. Quand bien même, dit l’un d’eux, les accusations contre le président seraient vraies, ça n’en fait pas un motif de destitution. Abus de pouvoir à des fins personnelles, pas un motif de destitution ? On croit rêver.

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