170 morts, 7700 cas confirmés, c’est le dernier bilan du coronavirus chinois. Face à la propagation de la maladie, on peut se demander si cette affaire n’est pas révélatrice d’un monde qui va trop vite, comme un revers de la mondialisation. C'est le monde à l'envers.

A l'hôpital militaire Hankou de WuHan en Chine, les médecins autour d'un patient atteint du coronavirus
A l'hôpital militaire Hankou de WuHan en Chine, les médecins autour d'un patient atteint du coronavirus © AFP / Xiao Yijiu / XINHUA

Ce qui va vite d’abord, c’est la propagation de la maladie. Je ne parle pas de là de la contagiosité du virus : elle semble somme toute, relativement classique, un peu comme la grippe, c’est beaucoup moins contagieux, par exemple que la rougeole. Non je parle de sa propagation géographique par le biais des moyens des transports. Voilà pourquoi des cas ont d’ores et déjà été repérés dans une vingtaine de pays.

En 2020 plus que jamais, les gens se déplacent. Pour le meilleur et pour le pire : les maladies circulent plus vite qu’avant. A l’échelle de la Chine, d’abord, prenons WuHan, le berceau du virus : c’est un nœud routier et ferroviaire, desservi par plusieurs lignes à grande vitesse. 

C’est aussi une plaque tournante aérienne, en particulier au moment du nouvel an lunaire, la période des vacances pour les Chinois (400 millions de voyageurs à cette période). Au cours des trois premières semaines de janvier, 10% de la population de WuHan s’est déplacée, ailleurs dans la région, voire plus loin ailleurs en Chine ou à l’étranger. Au moins 20.000 personnes sont parties pour la Thaïlande, 10.000 autres pour Singapour. La Chine, c’est le mélange, d’un essor économique ultra rapide et d’une persistance de structures sanitaires parfois sommaires : trop vite d’un côté, pas assez de l’autre. Les ingrédients du problème.

Elargissons le spectre, zoom arrière. A l’échelle mondiale, le transport aérien c’est 80.000 vols par jour, 40 millions de vols par an. Par exemple à l’instant où je parle, plus de 4000 vols en cours. On estime aujourd’hui que quasiment n’importe quel point du globe peut être atteint en 36h. Avec sa rapidité et sa démocratisation, le transport aérien constitue le véhicule idéal de transport des virus.

La crainte d'un effet boule de neige sur l'économie

Et ça peut aussi se répercuter à toute vitesse sur l’économie parce que là aussi, on est dans le toujours plus vite avec des économies imbriquées les unes dans les autres, et des acteurs financiers qui ont tendance à réagir plus vite que la musique. Coefficient démultiplicateur assuré.

Commençons là encore par la Chine. Avec plus de 70 millions de personnes officiellement coupées du monde, maintenues en quarantaine, l’impact économique ne va pas tarder à se faire sentir. Certains économistes annoncent déjà une révision à la baisse de près de 1% de la croissance chinoise cette année. La fréquentation des transports est en chute libre dans le pays. Et ne parlons pas de l’industrie des loisirs, les spectacles, les cinémas. En quelques jours, ça a plongé. La panique fait rester tout le monde chez soi.

Ca peut, là aussi, se propager en chaine sur l’économie mondiale. Les Bourses sont en baisse partout en Asie, et aussi désormais en Europe. Elles anticipent des impacts sur le baril de pétrole, sur l’automobile, sur le tourisme, sur l’industrie du luxe (les riches chinois sont de gros clients). La Chine, c’est 35% de la croissance mondiale. Et c’est la plus grande usine de la planète, pour le textile, les voitures, etc. Si elle ralentit, tout le monde va tousser. 

Là encore, c’est l’effet pervers d’un univers mondialisé qui ne jure que par la vitesse.

Le règne des fausses informations racistes sur les réseaux sociaux

En même temps, c’est comme ça, les informations circulent plus vite qu’avant ! Mais ça ne veut pas dire qu’elles circulent intelligemment. En l’occurrence, le coronavirus est une information maniée souvent de façon anxiogène dans une partie de la presse. C’est spectaculaire, ça fait peur, ça fascine, jusqu’à en perdre la raison. Et on ne compte plus les cartes qui laisseraient penser que toute la Chine est contaminée, alors qu’on en est extrêmement loin.

Plus grave, ces sujets d’actualité anxiogènes sont une mine d’or pour les fausses informations. Et il en circule en pagaille sur les réseaux sociaux. Ici une vidéo virale qui montre une femme en train de manger une chauve souris avec des baguettes. Là, une mise en garde contre toute consommation de riz cantonais. Ou bien encore une rumeur sur la mort de millions de personnes, une autre sur l’implication d’un laboratoire biologique chinois, etc.

Et le pire, ce sont les campagnes racistes contre les populations asiatiques ou d’origine asiatique. On en trouve déjà trace en Australie et en Europe. Tout ça à toute vitesse, en surfant là encore sur la panique. Le côté le plus obscur de la vitesse mondialisée.

Allez, on va quand même finir sur une note optimiste. Il y a aussi des aspects positifs. Les principaux laboratoires de recherche dans le monde sont tous en train de travailler sur le sujet. On peut raisonnablement espérer qu’ils travaillent ensemble, pour trouver la parade. 

Et que ça aille vite. Pour le coup, tant mieux.

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