Ce sont des images et des récits qui font le tour du monde en ce moment. En Californie, des flammes dévorent tout sur leur passage et rien ne semblent pouvoir les arrêter, des dizaines de milliers d’habitants sont chassés de chez eux, de longues files de pickup et des 4x4 qui tentent de fuir les zones menacées.

Photo de la course du "Maria Fire" traversant la colline à Santa Paula, en Californie le 1er November 2019.
Photo de la course du "Maria Fire" traversant la colline à Santa Paula, en Californie le 1er November 2019. © AFP / Josh Edelson

S’agit-il d’une spectaculaire exception ? 

Non ! Evidemment, nous avons tous encore en tête les images d’apocalypses du « Camp Fire » et de ville de « Paradise » réduite à un tas de cendre. Ce que les scientifiques nous disent, est que ces « incendies » gigantesques vont se multiplier.

Paradoxalement, les surfaces incendiées, à l’échelle du globe, ont plutôt tendance à diminuer.

C’est évidemment contre-intuitif quand on pense aux terribles incendies d’Amazonie ou à ce qui se passe en Californie. Il y a de bonnes et de mauvaises années, évidemment. Pourtant les scientifiques sont assez sûrs d’eux : la tendance globale est à la baisse ces dernières décennies. 

Depuis les années 2000, les scientifiques se sont dotés de nouveaux outils satellites qui leur permettent de surveiller les incendies qui ont lieu partout sur la planète. 

Dans un article qui fait référence, publié en 2017, la Nasa montre qu’en une vingtaine d’années l’étendue totale des feux sur la planète se serait réduite d’environ 25%.

Mais toutes les régions du globe ne sont pas concernées par cette diminution ? 

Non, la baisse s’observe surtout dans les zones tropicales, en Afrique tout particulièrement. 

Parce qu’on n’y pense pas toujours : mais c’est là que se retrouvent la majorité des surfaces brûlées de la planète. Ce sont des zones qui sont traditionnellement entretenues par des brûlis, ces petits feux contrôlés (plus ou moins) par l’homme couvrent au final une très grande surface.

Mais les choses changent dans ces régions : la densité de la population augmente, la place occupée en permanence par des cultures agricoles et résultat les habitants brûlent de moins en moins de surface ce qui pèse pour beaucoup dans l’addition finale.

Les incendies comme ceux qui ravagent actuellement la Californie ne sont donc pas représentatifs ?

Ils sont représentatifs de la montée en puissance du phénomène des « mégafeux » !  Car c’est bien la deuxième tendance planétaire (en dehors, donc, de la baisse globale des surfaces brûlées) : les incendies gigantesques, eux, se multiplient !

Même s’il n’y a pas vraiment de définition pour un « mégafeu ». Aux Etats-Unis, on parle de « méga feux » lorsqu’ils dépassent dix milles hectares, en Europe ça commence plutôt au-delà de mille hectares. Ce sont les 1 à 2% des plus grands feux d’une région.

Pourquoi une telle multiplication des méga-feux ?

Un pompier arrosant les flammes du Maria fire, à Santa Paula en Californie le 1er novembre
Un pompier arrosant les flammes du Maria fire, à Santa Paula en Californie le 1er novembre © AFP / Josh Edelson

Parce que comme le rappelle, le chercheur Thomas Curt, grand spécialiste du risque incendie de forêt à l’IRSTEA : un feu (méga ou pas) a besoin de trois ingrédients pour démarrer : une bonne météo, du combustible et une étincelle.

Dans le cas des méga feux californiens, le changement climatique joue un grand rôle depuis dix ans : les périodes de chaleur et de sécheresse sont de plus en plus fréquentes. Mais ce qui change également beaucoup, c’est le combustible.
Dans ce cas, le chercheur parle plus particulièrement des zones méditerranéennes : les paysages s’embroussaillent, les forêts privés sont moins entretenues, la « biomasse » au mètre carré s’accumule : et le feu se propage plus vite et plus fort.

Que peut-on faire pour enrayer ces méga-feux ? 

En France, la stratégie principale des pompiers : c’est l’attaque massive de l’incendie et paradoxalement, si cela permet d’éviter un grand nombre de petits incendies, cela peut aussi contribuer à augmenter la biomasse. C’est pourquoi, une autre technique à priori étonnante se développe également,  il s’agit de provoquer volontairement des incendies, « contrôlés ».

Pour illustrer la situation, Thomas Curt site un proverbe finlandais qui prend vraiment tout son sens :

« Le feu est un mauvais maître, mais il est un bon serviteur. »

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