Avec le froid, nous sommes de plus en plus nombreux à installer des mangeoires sur nos balcons et dans nos jardins. Mais vouloir "aider les oiseaux à passer l’hiver", est-ce vraiment une bonne idée ?

Faut-il nourrir les oiseaux en hiver ?
Faut-il nourrir les oiseaux en hiver ? © Getty / Ingunn B. Haslekaas

C’est vrai que lorsqu’on entend leurs chants, aux mésanges, aux roitelets, aux pinsons, difficile de résister à l’envie de mettre de les « aider ».

En France, on estime que 10 à 20% des foyers possèdent une mangeoire qui est remplie régulièrement. C’est déjà beaucoup mais c’est encore bien loin du Royaume-Uni où jusqu’à 70 % des habitations seraient équipées. Et aux États-Unis, c’est une famille sur deux qui nourrit les oiseaux.

Mais, la science s’interroge beaucoup sur les effets de ce « nourrissage volontaire », sur la composition des populations d’oiseaux et sur leur cycle de vie.

À qui profite le nourrissage ? 

À la mésange ? Au roitelet ? Au pigeon ? C’est l’une des questions centrales.

En Grande-Bretagne, où le nourrissage est massif, une étude parue dans Nature vient même de montrer (grâce à des données disponibles sur 40 ans) que le « nourrissage volontaire » a totalement « remodelé » les populations d’oiseaux présentes dans les zones urbaines.

Le nombre et la diversité des espèces ont clairement augmenté au fil du temps

Dans les années 1970, seules deux espèces - moineau domestique et étourneau sansonnet - dominaient les mangeoires. Elles sont trois fois plus aujourd’hui ! Mais les chercheurs soulignent que les effets négatifs sur les populations qui, elles, ne profitent pas des mangeoires restent inconnus. Tout comme l’impact à grande échelle et à long terme sur l'écologie.

Le nourrissage pourrait - par exemple - contribuer à dérouter certaines migrations hivernales. C’est ce qu’a montré une étude menée par la même équipe.

Des oiseaux originaires d'Europe centrale choisissent désormais de s’arrêter chez nos voisins grands bretons plutôt que sur les rivages de la Méditerranée en partie parce que les mangeoires y sont pléthoriques.

L’abondance de mangeoires peut également provoquer un changement de régime alimentaire chez certaines espèces : c’est le cas des mésanges qui passent du statut d’insectivore à granivore. On sait aussi que le nourrissage modifie les cycles de reproduction de certains oiseaux, comme les pigeons qui se mettent à faire des petits toute l’année ou presque.

De nombreux scientifiques s’inquiètent aussi des effets négatifs du nourrissage sur l’extension d’oiseaux exotiques

En France, on peut citer la perruche à collier, originaire d’Afrique et d’Asie, elle mesure une quarantaine de centimètres et son plumage est vert très vif ! Quand on l’a vue une fois : on ne l’oublie pas ! Or, la taille des populations a augmenté de façon exponentielle depuis les trois dernières décennies et le nourrissage semble particulièrement leur convenir. Comme l’explique Marine Le Louarn, qui a réalisé une étude sur leur capacité à squatter les mangeoires avec Philippe Clergeau du Muséum d’histoire naturelle : ces grandes perruches passent près de la moitié de leur temps à manger chaque jour. Et pendant ce temps-là, les autres oiseaux attendent ou doivent même passer totalement leur tour.

En Nouvelle-Zélande, une autre étude a également montré que la présence de mangeoires favorisait les espèces envahissantes au détriment des espèces natives. Des risques qui poussent certains spécialistes à dire qu’il vaudrait mieux laisser les oiseaux se débrouiller sans nourrissage !

Mais si on a envie de se lancer dans l’installation d’une mangeoire : il faut de toutes façons respecter certaines précautions...

Attention à rincer régulièrement la mangeoire avec de l’eau et du savon, ce sont des lieux privilégiés pour l’échange des maladies entre oiseaux : et certains effondrements de populations ont été clairement mis en lien avec le passage par des mangeoires jamais nettoyées.

Et surtout, surtout, tous les protecteurs des oiseaux insistent beaucoup sur ce point : il ne faut pas nourrir les oiseaux en dehors des périodes froides : de mi-novembre à mars environ, pas avant, pas après.

Parce qu’alors on risque vraiment de détourner définitivement les oiseaux de leurs habitudes. 

Consultez donc Bird Lab, un site de science participative qui donne de nombreux conseils avisés. 

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