Ce programme assez inédit à cette échelle prévoit de financer des programmes certifiés pour le développement d'énergies renouvelables. La direction d’air France parle de planter l’équivalent de 70 millions d’arbres...Mais la compensation carbone a de nombreux détracteurs...

Pas de hasard si Air France annonce cette semaine qu’elle voulait compenser l’ensemble des émissions de CO2 de ses vols en France métropolitaine, dès le premier janvier 2020.
Pas de hasard si Air France annonce cette semaine qu’elle voulait compenser l’ensemble des émissions de CO2 de ses vols en France métropolitaine, dès le premier janvier 2020. © Getty / Christophe Lehenaff

« Love is in the air » nous dit la charmante petite musique de la pub Air France, mais, on pourrait aussi dire que « Carbone is in the air », si on n’en croit l’autre petite musique entêtante qui s’installe dans la tête des passagers.

Je vous parle bien évidemment du fameux mouvement venu de Suède : le "flyg-skam" ( La honte de prendre l’avion), résultat de la prise de conscience par une partie de la population du poids du transport aérien dans les émissions de gaz à effet de serre.

Et c’est vrai que les chiffres sont frappants !

En 2018, plus de 38 millions de vols ont été comptabilisés dans le monde. Ce qui correspondrait à 2,5 ou 3% des émissions totales de carbone émises par l'homme.

Mais, c’est surtout lorsque l’on compare les moyens de transports que le résultat fait mal.
Selon l’Agence européenne pour l’environnement qui prend en compte le taux de remplissage : pour un kilomètre parcouru par un passager en avion il faut compter deux cent quatre-vingt-cinq grammes de CO2 émis.
En voiture ? C’est cent quatre gramme, pas loin de trois fois moins que l’avion.
Et en train ? C’est à peine quatorze gramme de CO2 ! 

Alors non, ce n’est vraiment pas un hasard si Air France a annoncé cette semaine qu’elle voulait compenser l’ensemble des émissions de CO2 de ses vols en France métropolitaine, dès le 1er janvier 2020.
D'autant plus que le contexte actuel est loin d’être anodin pour les compagnies aériennes en France. Un nouveau spectre les menace : celui de l’écotaxe, inscrit noir sur blanc dans le projet de Loi de Finance 2020.

Le texte imposerait une taxe allant d’un euros cinquante -en classe éco- à dix-huit euros -en classe affaires- pour chaque vol au départ de la France, ça peut vite peser lourd sur le prix des vols courts, qui sont, de plus, particulièrement polluants. Surtout, si l’on résonne en CO2 émis par kilomètre et par passager.

Parce que la phase du décollage - lorsque les pilotes poussent à fond la manette des gaz- est celle où les réacteurs brûlent le plus de kérosène par minute.Une consommation dont le poids relatif pèse –fatalement- plus sur les trajets les plus courts.

A titre d’exemple, sur des appareils équivalents en chiffre brut, un Paris-Lyon c’est 174 grammes de CO2. et un Paris-Athènes c’est 96 grammes par kilomètre et par passager.

Attention -tout de même - à ne pas en conclure que plus on vole loin, moins on pollue, parce que, évidemment, c’est faux quand on multiplie par le nombre de kilomètre réellement parcourus. Pour le Paris-Athènes, plus de deux cents kilogrammes de CO2 sont émis contre à peine plus de soixante-douze pour rallier Lyon.

Est-il possible de réellement compenser 100% des émissions des vols intérieurs dès janvier prochain ? 

Sur le papier, Oui ! Le programme d’Air France est assez inédit à cette échelle, mais dans les faits, il sera assez classique. La compagnie va financer des programmes certifiés de compensation carbone en investissant dans des projets d’énergies renouvelables, ou en plantant des forêts –qui stockent naturellement le carbone-. La direction d’Air France parle de planter l’équivalent de 70 millions d’arbres. Et c’est vrai qu’il va en falloir pour compenser les émissions de CO2 des quelques cent soixante-cinq mille vols intérieurs chaque année. Soit environ vingt millions passagers qui sillonnent la France métropolitaine.

Bon, il faut évidemment souligner que ce programme restera très partiel : à titre de comparaison, Air France KLM a fait voyager plus de cent millions de passagers l’année dernière.  

Et la compensation carbone à ses limites.

Chez les spécialistes du climat, c’est même un sujet qui divise énormément ! Ses détracteurs expliquent que, d’un côté, on brûle du pétrole qui émet du carbone, et ça, c’est définitif, de l’autre côté, pour le compenser, on plante des arbres qui ne sont pas un stockage si pérenne que cela. Il suffit de les couper ou de les brûler pour que du carbone soit immédiatement relâché. Quant au financement des programmes de transition énergétique, une étude pour le compte de la commission européenne montre que la grande majorité les projets sélectionnées –dans le cadre des accords de Kyoto- auraient de toute façon vu le jour même sans ces financements.

Alors, il n’y a pas vraiment de solution… ?

A titre individuel, on réfléchit et on compare avec les autres moyens de transports. Pour des décisions plus globales, on peut signaler une loi examinée en mars dernier, aux Pays-Bas, qui visait à supprimer la liaison aérienne entre Amsterdam et Bruxelles. Les deux villes sont distantes de deux cents kilomètres à peine. Ce n’est pas encore fait : mais déjà, à certains horaires KLM vous propose directement de ne pas vous envoler, mais d’aller à la gare pour prendre le train. 

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