Plongeons-nous dans un doux rêve de citadin, dans un rêve de « forêt urbaine ». L'arbre en ville s'est inscrit dans les ambitions électorales, mais ce n'est pas sans compter les réalités biologiques d'un arbre !

Jamais les arbres n’ont occupé une place aussi centrale dans les programmes électoraux  des municipales.

Quelques exemples : A Strasbourg, on entend parler de cinq cent mille arbres pour la décennie à venir. A Lyon, on mise sur 25% d’arbres en plus. A Paris, on évoque des chiffres qui tournent autour de cent soixante-dix mille plantations.

Il faut dire que depuis quelques années, le statut des arbres dans la ville a radicalement changé.

Terminé le temps où les arbres étaient réduits au statut de simple décoration ou de mobilier urbain. 

Désormais ils sont vus comme des alliés de la vie urbaine. On leur reconnaît de nombreuses vertus : ils peuvent contribuer à améliorer la qualité de l'air, ils absorbent naturellement le CO2 et bien sûr, ils permettent de mieux contrôler la chaleur en été. 

L’arbre en ville n’a jamais été aussi important : mais comment le planter sans se planter ?

C’est la grande question ! Car même si les candidats aux élections affichent des programmes très ambitieux, ils doivent tous prendre en compte plusieurs réalités biologiques : 

Déjà, l’espace ! Un arbre à besoin de place : on estime qu’il faut creuser en moyenne une fosse de douze mètres cube avec au minimum, un mètre de profondeur pour donner ses chances à un arbre d’atteindre 20 mètres de haut. Cela représente un espace au sol de 4 mètre sur 3. Donc, si l’on veut planter cent mille arbres – en reprenant ces moyennes – un simple calcul permet de comprendre qu’il faudra trouver quelques cent vingt hectares disponibles dans la ville. Ce qui représente tout de même un peu plus de 170 terrains de foot !!! Ce n’est pas si simple donc. A trop vouloir planter, on risque surtout d’avoir des arbres qui ne se développent pas bien.

Plutôt que de multiplier le nombre d’arbres, certaines études proposent donc de s’intéresser à un autre indice.

« l’indice canopé » : il s’agit de la projection au sol de la surface occupée par les feuilles des arbres, une sorte de mesure de l’ombre portée, comme me l’a expliqué Marie-Reine Fleisch, enseignante- chercheuse à Afro-Paris-TECh et spécialiste des forêts urbaines. En prenant en compte cette indice, les candidats aux élections municipales pourraient miser – sur la croissance des arbres plutôt que sur leur nombre ! Quelques villes françaises commencent à s’y mettre comme Lyon et Nantes. 

Et si vous voulez jouer au jeu des comparaisons internationales.  Je vous conseille aussi d’aller faire un petit tour sur le site de Tree Pedia.

Il s’agit d’un outil mis au point par des chercheurs du MIT. Ce n’est pas aussi précis que « l’indice canopé » mais on peut voir par exemple que Paris, avec 8,8 % de couvert végétal dans ses rues, arrive bonne dernière dans le palmarès urbain, devancée par New York (13,2 %) ou Montréal qui affiche un beau 25% .

« Pour planter sans se planter », il faut également prendre en compte la nature des différents arbres que l’on plante...

Il faut choisir des essences adaptées aux changements climatiques. Prendre en compte les besoins, des arbres mais aussi les services attendus (lutte contre la chaleur, la pollution, préservation de la biodiversité locale …). Il n’existe pas d’arbre parfait qui répondrait à tous les critères. Mais il existe peut-être un atlas idéal celui élaboré par Luc Chrétien, chercheur au Cerama, un institut de recherche public pour le compte de la ville de Metz. Il a tout simplement compulsé toutes les données disponibles sur près de 100 arbres et il a ensuite reliées ses données aux contraintes et aux besoin réels de la ville.Si son atlas est destiné aux villes du grand est rien n’empêche de décliner son outil ailleurs en France. Donner un atlas aux futurs décideurs politiques pour les aider à vraiment planter sans se planter.

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