Quel est le lien entre le gaz de schiste, un barrage, une mine et une centrale géothermique ? Réponse : toutes ces installations sont potentiellement capables de déclencher des tremblements de terre !

L'Homme peut-il prévoir les séismes qu'il induit ?
L'Homme peut-il prévoir les séismes qu'il induit ? © Getty / Mario Tama

L’année dernière, une publication d’une équipe britannique a recensé plus de 700 séismes tous induits par l’homme et toutes causes confondues depuis 1868. Cela fait donc bien longtemps que l’homme fait trembler la terre, sauf qu’il y a encore quelques années, on pensait que tout cela était assez anecdotique. C’est la ruée vers le gaz de schiste qui a mis en lumière ces phénomènes dans les médias comme jamais auparavant.

Le 2 novembre, le gouvernement Britannique annonce la suspension de l’extraction du gaz de schiste sur son territoire. Depuis de longs mois, des riverains inquiets à cause des séismes manifestaient autour du site.

Pour les opposants, le moratoire décidé le week-end dernier est donc une victoire.En revanche, c’est un sacré échec pour le gouvernement conservateur, lui qui escomptait ouvrir vingt puits en 2020 et alléger sa dépendance énergétique au gaz importé, c’est raté !

Le procédé de fracturation est-il en cause dans cette affaire ?

La fracturation, c’est ce procédé qui consiste à injecter des liquides sous pression pour fissurer la roche en profondeur et en faire sortir le gaz de schiste emprisonné. Ces injections viennent réveiller des petites failles, parfois des grandes failles qui vont provoquer des séismes et parfois des gros séismes contrairement à ce que l’on pensait : par exemple, en Chine et aux Etats-Unis, des séismes d'une magnitude de plus de 5,5 ont déjà eu lieu. En Angleterre, c’était autour de 3, donc sans dégâts sur les constructions.

Puisque l’homme provoque ces séismes, il devrait –au moins– pouvoir les prédire ? 

C’est vrai que l’on pourrait espérer que ces expériences grandeur nature ait amélioré l’art de la prédiction des séismes.

Or, ce n’est pas si simple, comme l’explique Jean-Robert Grasso du laboratoire ISTerre à l’université Grenoble-Alpes.

En réalité, la Terre s’en fiche de la perturbation qu’elle ressent soit en lien avec la tectonique des plaques ou une activité humaine.
Elle réagit, c’est tout !  

Les chercheurs s’arrachent les cheveux pour répondre à cette simple question : un tremblement de terre aurait-il eu lieu de toutes façons, même sans notre intervention ?

Pour répondre à cela avec certitude, il faudrait avoir sous la main deux terres : sur la première, vous faites vos forages et sur l’autre, vous ne touchez à rien.

Alors qu’a-t-on appris de ces séismes ? 

C’est sur la notion de « choc lent » sur laquelle les chercheurs progressent en ce moment. Pour comprendre, il faut savoir que les séismes naturels se déroulent avec une « secousse principale », qui sera  suivie par des « chocs secondaires ».

Or, après observations, les spécialistes estiment que pour connaître la puissance des plus gros séismes secondaires, il faut retirer un virgule deux à la magnitude du premier choc
Par exemple : si le choc primaire est d'une magnitude de 7, les suivants seront –en moyenne- d’une magnitude de 5,8.

Dans leur modèle sur les séismes induits, les chercheurs comparent l’intervention humaine à une sorte de « secousse principale », mais qui progresserait tellement lentement qu’on ne la ressentirait pas.

Mais comment évaluer la magnitude de ce « choc lent » ?

Pour évaluer cette « première secousse » (ce choc lent), Jean-Robert Grasso et son équipe, viennent de proposer un modèle appliqué au barrage . Dans son modèle, le chercheur estime que la longueur du lac créé par le barrage correspond environ, à la magnitude de la « secousse principale ».

Donc un lac de quelques kilomètres de long aura l’effet d’un choc d’une magnitude de 4 environ. Et selon les observations des chercheurs, la magnitude des plus gros séismes provoqués par ce barrage – comparés ici à des chocs secondaires – seront de deux points inférieurs toujours en moyenne.

Autrement dit, dans l’exemple choisi la magnitude de plus gros séismes engendrés par le barrage sera en moyenne de deux, sachant qu’il peut évidemment y en avoir de plus forts et de moins forts puisque l’on parle d’une moyenne.

Qu'en est-il dans le cas de l’extraction du gaz de Schiste ?

Jean-Robert Grasso estime que c’est alors le volume de liquide injecté qui fait référence pour le « choc primaire ». 

Et ce sont des données précieuses, surtout, là où les sites d’extraction se multiplient comme des petits pains, on pense aux centres des Etats-Unis. Eh bien, là, c’est un peu comme si l’homme multipliait les « chocs primaires », résultat, il augmente statistiquement le risque de sortir de la moyenne et de déclencher un choc plus important encore !
Mais comme personne ne peut prédire quand ce méga séisme arrivera, les scientifiques, qui les étudient, font bien de les classer dans les « aléas anthropogéniques ».   Un terme qui illustre parfaitement un phénomène où le hasard et la nécessité resteront longtemps encore intimement liés.
 

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