Souvenez-vous la semaine dernière, nous évoquions toutes ces cartes de la Nasa montrant la région de Wuhan en Chine, épicentre du coronavirus, presque vierge de toute pollution industrielle ! Les émissions mondiales de CO2, ainsi que celles de dioxyde d'azote, ont baissé d'au moins 6% fin février en Chine.

Les usines à l’arrêt et les centrales à charbon au ralentie : c’est 20 à 30% de particules fines dans l’atmosphère. 

Même dans la capitale, à Pékin, la différence était notable pour les rares passants rencontrés dans la rue. Ce phénomène de baisse de la pollution commence à se voir également en  Italie.

Au final, le coronavirus sera-t-il bon ou mauvais pour le climat ?  

Si certains tablent déjà sur un changement général des habitudes de vie et des niveaux de production. La plupart des chercheurs s’inquiètent plutôt, eux, d’une hausse des émissions de Co2 une fois la crise sanitaire passées. Un rebond qui annulerait ces effets à première vue positifs sur les gaz à effet de serre et donc sur le climat. 

C’est dans ce contexte particulier qu’une bonne nouvelle est presque passée inaperçue lundi dernier.

C’est une nouvelle encourageante qui porte sur le bilan de l’année dernière. En 2019, les émissions mondiales de gaz à effet de serre du secteur électrique ont baissé pour la première fois depuis trente ans !!! Une diminution qui frôle les 2%, selon le bilan du groupe « Ember », qui réunit des experts indépendants ! 

Pour la première fois depuis des décennies - et sans affronter une pandémie comme celle que nous vivons en ce moment - le monde a commencé à rejeter doucement un peu moins de CO2 pour produire son électricité.

A quoi serait dû ce bon résultat selon le groupe d’experts ? 

Il est en lien direct avec une diminution des émissions liées à l’utilisation du charbon dans les centrales électriques. Pour mémoire, le charbon, à lui tout seul, c’est 40% du mix électrique : autrement dit il est la source principale de notre électricité sur la planète. Donc, quand ça baisse, du côté du charbon, ça se ressent tout de suite. En 2019, les émissions liées à la production d’électricité par les centrales à charbon ont chuté de 3%. 

S’agit-il d’une nouvelle tendance ou d’une baisse exceptionnelle ?

C’est toute la question : pour certains experts, l’année 2019 a marqué le début d’un vrai mouvement de fond, pour d’autre c’est tout simplement lié à une petite baisse de croissance et à des températures clémentes. C’est l’avis par exemple de Frederic Ghersi, du Centre international de recherche sur l'environnement et le développement. De son côté, Carine Sébi, enseignante chercheuse à la « Grenoble Ecole de Management » estime, elle, que nous sommes bien devant un renversement de tendance, même s’il est timide.

Une chose est sûre : le recul du charbon est bien amorcé dans les pays développés

Cette nouvelle tendance est principalement due à une chute de son usage en Europe et aux États-Unis. Selon Carbon Brief, une organisation qui analyse les données dans le secteur de l’énergie : le recul a été particulièrement marqué dans l’Union européenne avec moins 24% et aux Etats-Unis avec moins 16%.

En Europe, son utilisation a même décliné pour la septième année consécutive, en raison des politiques climatiques, du développement d’autres énergies et de l’augmentation du prix de la tonne de CO2 dans l’UE. Bon, évidemment, il reste les mauvais élèves comme l’Allemagne (qui prévoit un plan de sortie du charbon pour 2038 !) ou les très mauvais élèves, comme la Pologne (qui elle ne prévoit rien du tout). On écoute l’analyse de Robert Tomaszewski, analyste du secteur énergétique pour un cabinet d’étude polonais. 

Aux Etats-Unis, c’est un peu l’inverse : c’est parce qu’ils ont commencé à exploiter leur gaz que la part du charbon à diminuer.  La consommation de charbon y a atteint son niveau le plus bas depuis 40 ans. 

Mais donc principalement au profit à l’exploitation de gaz de schiste ! Il faut le rappeler : brûler du gaz pour générer de l’électricité émet environ moitié moins de CO2 que lorsqu’on utilise du charbon. C’est moins pire en somme, mais ça reste une énergie fossile et ça ne permettra évidemment pas de décarboner la production d’électricité. 

Pour ce qui est de 2019, à elle seule, la Chine est responsable de la moitié des émissions globales liées au Charbon.

Elle n’a pas joué de rôle dans la tendance à la baisse mondiale. Evidemment, c’est impossible de savoir ce que l’année 2020 nous réserve : notamment sur le rôle moteur de la Chine dans la production des panneaux solaires. Il faudra faire le bilan avec ou sans rebond. Mais ce qui ne change pas en revanche, ce sont les estimations du GIEC : il faudrait que l’électricité générée à partir de Charbon diminue de 11% par an d’ici à 2030 pour nous permettre de limiter le réchauffement à 1,5 degrés, l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris. Avec cette timide inflexion en 2019, nous en sommes loin. 

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