La biodiversité est en grand danger, ce n’est plus un secret pour personne, mais, tout indique également, que nous ne parviendrons pas à sauver toutes les espèces.

Les animaux mignons sont-ils une plaie pour la biodiversité ?
Les animaux mignons sont-ils une plaie pour la biodiversité ? © Getty / Gary Lewis

Imaginez-vous aux commandes d'une sorte d’arche de Noé dont les dimensions seraient bien trop réduites pour abriter la totalité des espèces d'animaux et de végétaux menacés d’extinction... Lesquels choisir ? 

Les plus rares ? Les plus utiles ? Ou… les plus mignonnes ? Et pour ce dernier critère - celui de la "mignonnitude" - l’exemple emblématique, c’est le panda !!!

C’est clair, nous, les humains, sommes très attachés à la présence de certaines espèces sur la planète et beaucoup moins à d’autres.

Pour sonder les bases cognitives de ce qui ressemble a priori à une "dictature de la beauté", le chercheur Aurélien Miralles du Muséum d’histoire naturelle de Paris a mené, l’année dernière, une étude originale qui permet de dresser la première carte « affective » du monde vivant !

Il a repris, en quelque sorte,  l’épreuve du casting de Noé aux portes de son arche : il a demandé à quelques 3500 participants de faire un choix entre différents représentants d’espèces en danger. Des reptiles, des mammifères, des oiseaux, des poissons, mais aussi des champignons ou des arbres. Il a également interrogé les participants sur leur capacité à comprendre les émotions ressenties pour toutes ces espèces.

Et que montrent ses résultats ?  

Dans le détail, l’étude montre clairement que plus une espèce est apparentée génétiquement à l’espèce humaine, plus elle aura des chances d’être préservée. L’étude montre également que plus nous sommes éloignés d’une espèce dans l’arbre de l’évolution : plus notre empathie et notre compassion pour elle diminuent. 

Ce n’est pas l’esthétique  (ou la "mignonitude") - des critères subjectifs - qui font la différence ? 

Non, c’est bien plus la capacité qu’ont certains êtres vivants de susciter chez nous des projections anthropomorphiques. On arrive à leur attribuer des traits, des intentions ou des émotions humaines.

Ainsi, dans le peloton de tête des espèces les plus "aimées", on retrouve les grands singes, et notamment l’orang-outan qui arrive même devant l’espèce humaine ! 

On retrouve également en haut du classement le béluga dont la "mignonitude" reste à débattre.

Une autre espèce – qui a récemment déclenchée un élan de solidarité international- se place également très haut dans le classement;  il s’agit du Koala. Et c’est vrai qu’il suffit de réécouter ou visionner des reportages sur ces pauvres bêtes prises au piège par les méga-feux australiens pour saisir le poids de nos émotions dans nos choix de préservation.

Plusieurs millions de dollars ont été versés dans différentes cagnottes par des internautes émues aux larmes. Rien ou presque, pour les insectes ou les reptiles qui peuplaient également ces étendues dévastées. 

La sauvegarde de ces espèces à fortes valeurs "émotionnelles" n'est pas toujours inutile

On appelle parfois ces espèces des espèces "parapluies". Car les animaux emblématiques sont souvent de grande taille, et ils ont donc besoin d'un espace vital très vaste. Ce grand espace abrite de très nombreuses autres espèces. En protégeant un seul animal emblématique, on protège donc en même temps la vie d’un bon nombre d'autres espèces. Encore faut-il connaître les espèces qui peuplent ces grands espaces.

Il faut étudier une espèce pour comprendre si elle est en danger ou non. 

Comment mettre en place des stratégies efficaces de conservation de la biodiversité lorsque certaines espèces sont sur-étudiées alors que d'autres sont ignorées ? 

Or, c’est peut-être là, à la base, lors de la production des connaissances, que le prisme émotionnel a les effets les plus délétères. Des études qui ont passer au peigne fin le nombre de publications scientifiques sur les différentes formes de vie sur terre, montrent par exemple que les mammifères sont étudiés 500 fois plus que les amphibiens (!). Elles montrent également que si on respectait les proportions du vivant, il faudrait consacrer neuf études scientifiques sur dix aux insectes… On en est loin. 

Ainsi la conséquence la plus marquante de notre préférence émotionnelle pour certaines espèces est qu’elle cache l’existence même d’une "biodiversité invisible" à nos yeux. 

Des pans entiers du monde vivant se résument à une "biodiversité invisible" ou pour le moins "laissée pour compte".

Il y a aussi quelques surprises : comme la place du chêne. Cet arbre est le seul végétal capable de rivaliser avec des animaux. Dans la "carte affective du vivant", il est à peu près au même niveau que l’ornithorynque. 

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