Le 11 novembre dernier, un séisme d’une magnitude de 5 secoue le village du Teil, situé à quelques kilomètres de Montélimar. Un tremblement de terre qui va provoquer des blessés et des dégâts importants.

Séisme du Teil : quelle est son origine et son impact sur les centrales nucléaires ?
Séisme du Teil : quelle est son origine et son impact sur les centrales nucléaires ? © AFP / JEFF PACHOUD

Moins d’une semaine après l’événement, deux grandes questions se posent encore : la première porte sur l’origine de ce séisme assez exceptionnel pour la France métropolitaine et la deuxième questionne sur la sécurité des centrales situées à proximité. 

Pour répondre à la première, une équipe de scientifiques est toujours sur le terrain. 

Ce sont des experts des laboratoires Géoazur, de l’IRSN, de l’ISTerre ou de Géosciences Montpellier qui rassemblent toutes les mesures nécessaires pour comprendre le déroulé du séisme.

Or, ces derniers jours, en me connectant tout simplement sur le site de la cellule post-sismique - j’ai lu que la question d’un lien potentiel entre le déclenchement du séisme et l’existence d’une carrière situé tout près du village se posait.

Evidemment à ce stade, il ne s’agit que d’une hypothèse de travail parmi d’autres. 

L’idée est étonnante. J’ai tenté de joindre des membres de la cellule sur place sans succès. Alors j’ai discuté de cette hypothèse avec Jean-Robert Grasso, membre du laboratoire ISTerre à l’Université Grenoble Alpes.

Dans le cas du séisme près de Montélimar si les chercheurs explorent la piste de la carrière, c’est qu’ils ont relevés certaines particularités

La première est la très faible profondeur de l'épicentre du séisme, entre « un et deux kilomètres » dans la croûte terrestre. Or, comme le souligne Jean-Robert Grasso, c’est très étonnant pour un pays comme la France où les séismes se situent généralement entre 5 et 20 kilomètres de profondeur. Le chercheur précise qu'une faible profondeur est une particularité que l’on retrouve lors des séismes induits par l’activité humaine.

Une autre particularité intrigue les sismologues : le très faible nombre de répliques 

En effet, en temps normal, après un choc principal d’une magnitude de 5, on s’attendrait à beaucoup plus de répliques. Mais cette piste interpelle –parmi d’autres pistes - c’est que ce séisme en évoque d’autres dans le monde. Comme le souligne Jean-Robert Grasso, il existe d’autres événements bien documentés dans la littérature scientifique sur un lien entre tremblement de terre et exploitation de carrières, de gisements de pétrole ou de mines à ciel ouvert.
Rien n’est prouvé qu'un tel scénario s'est produit à Teil. Il faudra encore de longs mois d’analyses et, au final, il n’est pas certain que la science arrive un jour à trancher. 

La deuxième question soulevée par le séisme du 11 novembre, c’est la sécurité des centrales nucléaires ? La centrale de Cruas est toujours à l’arrêt.

A la suite du séisme, le réseau sortir du nucléaire a lancé un alerte que dit que la centrale de Cruas a été construite pour résister à un « séisme de sécurité majoré » de 5,2 alors que le séisme du 11 novembre aurait atteint une magnitude de 5,4, donc au-dessus ! Mais le calcul n'est pas correct.

Pour comprendre, il faut savoir que le « séisme majoré de sécurité » est obtenu en ajoutant zéro virgule cinq à la magnitude des ondes de surface du « Séisme maximum historiquement vraisemblable ». 

Le plus fort tremblement enregistré dans la région pour les centrales de Cruas et de Tricastin (sa voisine) le séisme en question date de 1873 et il était d’une magnitude d’onde de surface de 4,7. 

Donc si on ajoute zéro virgule cinq : on obtient bien cinq virgule deux et ce séisme majoré de 5,2 est même mesuré pour avoir son épicentre juste en dessous de la centrale, ce qui n’était pas le cas le 11 novembre heureusement. 

Ce n’est en revanche pas possible de le comparer avec le chiffre de 5,4 avancé par le réseau sortir du nucléaire, car ce dernier ne repose pas sur le même mode de calcul. Il correspond à la « magnitude locale » et pas à la magnitude des « ondes de surface », celui qui utilisé pour calculer le séisme de sécurité. Si on reprend le calcul avec les mêmes échelles, le séisme du 11 novembre est en fait d’une magnitude des ondes de surfaces de 4,5, donc on est bien en dessous du « séisme majoré de référence » de 5,2 pour les centrales.

Les deux experts de l’IRSN sont vigilants mais aussi rassurants. D'après eux, le séisme majoré de référence reste le bon. Avant tout redémarrage, les inspections de la centrale de Cruas diront si du matériel a été endommagé. Les deux experts interrogés soulignent qu’il faudra évidemment désormais intégrer ce dernier épisode sismique dans les prochaines réévaluations sur la sécurité des centrales.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.