En France, le moustique tigre (que les scientifiques appellent Aedes Albopictus) est désormais implanté dans plus de 50 départements (sur 96), et cela fait tout juste quinze ans cette année qu'il est arrivé en métropole.

Moustique tigre en plein repas
Moustique tigre en plein repas © Getty / Lee Jaszlics

Pourquoi ce petit insecte est-il tant redouté ? 

Parce qu’il a le dangereux privilège de pouvoir transmettre à lui tout seul au moins trois maladies à l’homme : le chickungunya, la dengue et le zika. Des noms qui sont devenus familiers sous nos latitudes, alors que ces infections étaient encore considérées, il y a peu, comme de lointaines menaces tropicales.

La semaine dernière, l’agence régionale de santé annonçait le premier cas de zika transmis en France pour l’année 2019. Fin septembre, c’était un cas de dengue qui était pour la première fois détecté en Auvergne-Rhône Alpes.

Ces histoires de piqûres qui arrivent tardivement dans l’année, conjugué à une sensation de températures anormalement chaudes en ce début d’automne pourrait évidemment nous faire croire que le seul responsable de tous ces maux, c'est le réchauffement climatique ! 

Est-ce donc vrai que le réchauffement climatique est le responsable de l'invasion du moustique tigre ?

Non, comme l’explique très clairement Didier Fontenille, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement et l’un des meilleurs spécialistes du moustique tigre. Si la bête est devenue une menace, c’est parce qu’elle est douée ! Douée d’une grande plasticité génétique !

Lorsque son milieu se modifie, la moustique tigre a la capacité d’évoluer rapidement.  

Son adaptation à notre espèce est emblématique. Alors qu’il vivait depuis toujours dans les forêts tropicales d’Asie du Sud (où il s’attaquait aux animaux), il lui aura fallu seulement quelques centaines d’années pour se faire une place aux côtés de l’homme. Ce qui est très rapide à l’échelle de l’évolution. Au milieu des habitations humaines, le moustique tigre s'est adapté : il est devenu gourmand de sang humain et il a troqué ses cachettes humides dans les arbres pour toutes les petites réserves d’eau autour des maisons (dans lesquelles il pond ses œufs). Le gîte et le couvert autour de la maison : certains entomologistes s’amusent même parfois à le comparer à une poule de basse-cour. 

Le moustique tigre a non seulement su s’adapter à l’homme mais aussi à des climats différents

C’est encore un coup de sa super plasticité génétique ! Grâce à elle, Aèdes Albopictus a trouvé les outils génétiques pour s’adapter à nos régions tempérées, il n'a même pas eu besoin d’attendre que le climat se réchauffe.

Lorsqu’il est sorti de sa zone de vie tropicale, ses œufs sont rapidement devenus capables de résister à des hivers froids. Ils attendent simplement le printemps pour éclore. Aedes albopictus a même la possibilité de mettre en dormance ses œufs lorsqu’il effectue un long voyage, et les longs voyages, il adore, surtout en cargo.

Car on sait maintenant que le moustique tigre a profité de l’expansion du commerce international pour rallier les cinq continents

Notre mode de vie moderne a fourni les moyens nécessaires à l’expansion de cet insecte particulièrement doué pour l’adaptation. On pourrait dire que nous avons vraiment fourni « les armes pour se faire battre ». Une étude restée fameuse a parfaitement démontrée que le moustique tigre est arrivé au Texas dans les années 1980 à la faveur du commerce de pneus usagés venus d’Asie.

Au cours des dernières décennies, cette activité a généré des flux transcontinentaux de plusieurs millions de tonnes de marchandises entre l’Europe, l’Asie, l’Afrique, les Amériques et l'Océanie. Car, qui dit « pneus usagés » dit petites réserves d’eau stagnante, autant de cabines « première classe » pour le moustique et ses œufs.

Le réchauffement climatique n’aurait donc aucune influence sur les colonies de moustiques ?

Pour la colonisation actuelle, c’est certain :  son rôle n’est vraiment pas central. Toute la question est de savoir ce qui va se passer dans les années à venir : va-t-il jouer le rôle d’accélérateur de la colonisation de zones toujours plus au nord de la planète ? C’est probable…

Mais ce qui inquiète surtout les scientifiques est que ce moustique particulièrement agile génétiquement, côtoie des virus (celui de la dengue, du zika et du chikungunya) qui le sont tout autant (génétiquement agiles).

À force de les côtoyer, les virus pourraient eux aussi s’adapter à ses nouvelles conditions tempérées. Jusqu’à présent, la transmission n’est pas optimale lorsque la température passe sous les 26 degrés. Mais cela pourrait changer, une sélection de souches virales plus adaptées s'opère. 

Ces maladies seront taillées pour faire des ravages dans nos pays tempérés.

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