En pensant à l’augmentation des températures sur terre et en mer, à la modification du régime des pluies, au renversement des courants marins, à la migration des espèces marines, on imagine, naturellement, que tous ces bouleversements vont finir d’une manière ou d’une autre par se voir dans le contenu de nos assiettes.

Le changement climatique bouleversera-t-il notre alimentation ?
Le changement climatique bouleversera-t-il notre alimentation ? © Getty / Thomas Barwick

En méditerranée, déjà, les pêcheurs commencent à perdre leurs repères

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Ces dernières années, une multitude d’articles scientifiques a permis de détailler les déséquilibres attendus (ou déjà en cours) dans les mers et sur terre. Mais ce qui reste très rare ce sont les études qui permettent de saisir les conséquences de tous ces petits changements dans la production alimentaire à l’échelle planétaire.

C’est tout l’intérêt d’une étude publiée à l’occasion de la COP25. En combinant des modèles climatiques avec des données mondiales sur la sécurité alimentaire, l’emploi et l’économie dans plus de deux cent quarante pays, des chercheurs internationaux ont mesuré l'effet du changement climatique sur les deux secteurs clés de l’alimentation : l’agriculture et la pêche. 

Cette étude - pilotée par Joachim Claudet (chercher au CNRS)- permet non seulement de mesurer l’évolution de la productivité de la pêche et de l’agriculture mais aussi les possibilités d’adaptation des différents pays du monde.

Résultat, si les températures augmentent en moyenne de 4,3°C d’ici la fin du siècle – (comme le prévoit le GIEC, si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas), les chercheurs estiment que plus de sept milliards de personnes seront affectées à la fois par une diminution des récoltes et des quantités de poissons pêchés, sans avoir vraiment le moyen d’y faire face. C’est  à dire près de 90 % de la population mondiale ! 

L’étude contient des cartes très parlantes. On peut voir – d’un seul coup d’œil – les zones qui seront les plus durement touchées : globalement, la zone intertropicale (avec l’Amérique latine, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique) sera la plus malmenée. 

Quelques rares pays vont tirer des bénéfices du réchauffement. Mais, ils ne seront pas très nombreux

Des régions où la terre et la mer se libèrent du froid et de la glace, on pense évidemment à la Russie, au Canada, et au Groenland. 

Des laitues et des tomates qui poussent à l’ombre des arbres du Groenland, cela nous semble étrange mais ça sera bien notre lot en 2100 si rien ne change. Dans le fait, à peine 3 % de la population mondiale va vraiment bénéficier du changement climatique : avec à la fois de meilleures récoltes et des stocks de poissons plus importants.

L’idée répandue selon laquelle les gains et les pertes de productivité pourraient se compenser sur la planète n’est pas fondée.

Avec 90% de perdants contre à peine 3% de gagnants, si nous continuons ainsi, il faut oublier cette fausse idée !! 

Mais comme l’a expliqué Joachim Claudet, le chercheur qui a piloté l’étude et qui était présent à la COP25 : il reste un espoir !

En respectant l’accord de Paris sur le climat, cela permettrait de limiter la déflagration

Avec le maintien du réchauffement en deçà de 2°C, le nombre de personnes confrontées au double déclin de leurs récoltes et de leur stock de pêche serait déjà réduit d’un tiers. C’est déjà bien, mais ça représente tout de même encore 60 % de la population mondiale. 

En réalité, là où l’effet positif se verra le plus clairement ; c’est sur l’ampleur des pertes attendues, pour l’agriculture, la baisse de la productivité ne dépasse pas 5% (alors qu’elle chute de 25% dans le premier cas, celui où nous n’agissons pour limiter le réchauffement). Pour la pêche, les pertes seraient de 15% si l’accord de Paris est respecté, alors qu’elle dépasse les 60 % si nous ne faisons rien. 

Enfin – c’est un point qui mérite d’être bien souligné alors que la COP25 s’est terminée sans grandes avancées – même les quinze pays plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (Etats-Unis, Chine, Arabie saoudite…) pourraient tirer des bénéfices d’un changement du climat moins brutal !

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