Pour la première fois le mois dernier, une étude a mesuré avec précision l’effet négatif de la présence des colonies domestiques sur la fréquentation des fleurs en ville.

Trop de ruches en ville serait néfaste pour la biodiversité
Trop de ruches en ville serait néfaste pour la biodiversité © Getty / Peter Muller

Nous en parlions pas plus tard que la semaine dernière, il y des ruches à Radio France. Et c’est loin d’être une exception dans la capitale : leur nombre est passé de 600 en 2016 à plus de 1500 cette année, soit environ 15 ruches / km². Et Paris est loin d'être une exception en France ou même en Europe...

Oui : tout le monde veut ses abeilles. C’est même devenu un business, avec des entreprises qui viennent déposer clés en mains des colonies sur les toits des immeubles de bureau !

On peut même offrir un petit pot de miel à ses collaborateurs en fin d’année, et comme en plus ça sert à protéger la biodiversité : on comprend l’engouement !

Seulement, les scientifiques s'alarment : ce qui a priori paraissait une bonne idée est en train de  virer aux cauchemars pour la biodiversité… des abeilles !

Car il n’y a pas qu’un seul type d’abeille : la France a la chance de compter au moins mille espèces différentes.

Trop souvent dans notre esprit, l’abeille domestique, la star des ruches, "Apis Mellifera", occupe toute la place. Sélectionnée pour ses qualités de travailleuse, capable de produire pour nous de grande quantité de miel, les colonies sont capable de butiner presque toutes les fleurs : elles constituent une armée de parfaites ouvrières au service des humains.

Alors que de leur côté, les abeilles sauvages, elles, sont en grand majorité  des solitaires : elles vivent dans de petits abris dans le sol ou dans le bois. Parfois très spécialisées, elles ne peuvent butiner qu’une seule variété de fleurs. De plus, elles ne vivent pas forcément au rythme effréné des abeilles domestiques.

Pour la première fois le mois dernier, une étude a mesuré avec précision l’effet négatif de la présence des colonies domestiques sur la fréquentation des fleurs en ville. Cette étude, menée - à Paris - par Isabelle Dajoz, chercheuse en écologie à l’université Diderot, confirme que dans un rayon de 500 mètres, plus les fleurs sont visitées par les abeilles domestiques moins elles le sont par les sauvages. Surtout, l’équipe a estimé les quantités de nectars disponibles : et leur réponse est sans ambiguïté : les abeilles domestiques consomment TOUT ! Il ne reste plus rien pour les sauvages. Sur Paris, c’est simple : il ne faut évidemment plus implanter la moindre ruche mais il faudrait même envisager d’en enlever, et vite… Pour passer à moins d’une ruche au kilomètre carré (contre 15 actuellement).

Carte des colonies d'abeilles à Paris, tirée de l'étude scientifique : Wild pollinator activity negatively related to honey bee colony densities in urban context
Carte des colonies d'abeilles à Paris, tirée de l'étude scientifique : Wild pollinator activity negatively related to honey bee colony densities in urban context / Ropars, Dajoz, Geslin

Ailleurs en France, quelques communes, bien conseillées, ont déjà pris des mesures drastiques : Besançon est la première à avoir interdit toute nouvelle installation sur son domaine public, la ville de Metz vient de s’y mettre, Lyon est aussi très mobilisé… Sachant qu’il faut à tout prix relayer le message aux entreprises et les particuliers, car rien ne les empêchent, eux, de continuer.

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