Sommes-nous – oui ou non – en train de vivre la sixième grande extinction du vivant ? Combien y en a-t-il eu déjà : deux ? Cinq … ou même six ? Auquel cas nous serions en train de vivre la septième ? Et, au fait, sommes-nous vraiment en train de vivre une nouvelle extinction ?

Extinction...or not extinction
Extinction...or not extinction © Getty / S.B. Nace

Le mot «  extinction », peut concourir au palmarès des tendances de l’année 2019

Le mérite en revient en grande partie au mouvement Extinction Rebellion, et à ses activistes qui prônent la désobéissance civile et organisent des blocages spectaculaires un peu partout dans le monde.

Les mots choisis par les membres du mouvement sont là pour marquer les esprits. Mais si ces militants, et d’autres avec eux, estiment que nous vivons actuellement la sixième grande extinction du vivant, ce n’est pas le cas de toute la communauté scientifique. Loin de là.

Car derrière ce mot : extinction, on y trouve pas mal d’incertitudes et surtout énormément de fantasmes.

Dans sa définition stricte, une extinction de masse correspond à la disparition d’au moins 75% des espèces animales et végétales sur terre et dans les océans. A priori, c’est clair, mais dès il s’agit de l’appliquer, ça se corse ! 

S’agissant du passé, les scientifiques ne sont pas tous d’accord

A la question : combien y-a-t-il eu d’extinctions massives ? Le chiffre le plus souvent évoqué est celui de cinq, avancé en 1982 par les paléontologues David M. Raup et John Sepkoski. Les chercheurs ont identifié cinq moments au cours desquels le nombre exceptionnel de disparitions totales d’espèces a provoqué une chute de la biodiversité. 

La première extinction se situe à la fin de l’Ordovicien (moins 445 Millions d’années) et la dernière, la cinquième (celle de la fin des grands dinosaures), s’est déroulée au Crétacé il y a 65 millions d’années. Ces données sont régulièrement débattues.

En septembre dernier, des chercheurs de la NewYork University ont signalé qu’on en avait surement oublié une au passage : à la fin de l’époque géologique baptisée guadalupien, il y a 260 millions d’années. Si cette hypothèse est validée – ce n’est pas encore le cas – cela voudrait dire que la sixième extinction a déjà eu lieu, et donc, si l’homme est en train de causer une extinction : ce serait la septième !

Reste que la plus connue de tous, c’est la fameuse extinction qui a vu disparaître les grands dinosaures il y a 65 millions d’année. C’est elle qui nourrit nos fantasmes les plus fous.

Les grands dinosaures ont disparus, c’est certain. Mais faut-il pour autant parler d’une « grande Extinction » pour cette période du crétacé ? 

Si l’on applique la définition stricte du mot, ce n’est pas tout à fait le cas. Comme me l’a expliqué Maxime Pawels, chercheur en écologie évolutive à l’université de Lille, les cinq « extinctions » les plus analysées l’ont été à partir des seules données à disposition, celles des fossiles marins. Or, si la vie se déroulait en très grande partie dans les océans au début du vivant ce n’est plus le cas ensuite.

Regarder les fossiles terrestres témoigne parfois d’une toute autre histoire

Pour les mammifères par exemple, leur destinée face à la crise du crétacé n’est pas du tout celle d’une « extinction ». Les grands groupes actuellement connus semblent être tous apparus avant la disparition des dinosaures et auraient tous survécu. Au final, si on réexamine tout : il n’y aurait eu qu’une seule vraie extinction massive celle de la fin du permien il y a 252 millions d’années.

Aujourd’hui, ce ne serait que la deuxième extinction ?

Si on continue avec les mêmes critères : nous ne vivons pas du tout une période d’extinction ! 

Certes, 1% des vertébrés ont déjà disparu et la liste officielle des espèces menacées d’extinction compte plus de vingt-sept milles espèces, soit près du tiers des espèces suivies ! 

C’est énorme, mais, en réalité, il est bien trop prématuré de conclure que nous allons vers une extinction massive. Aujourd’hui, en revanche, on peut parler de déclin accéléré de certaines espèces, pour la plupart en lien avec les activités humaines. Parler d’extinction relève donc d’une vision fataliste de notre futur, nous pouvons encore agir nous les humains. Les espèces menacées ne sont donc pas fatalement amenées à disparaître, rien n’est écrit... Tout reste à faire ! 

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