Au printemps dernier, tout le monde réclamait des masques, à commencer par les soignants. L’Etat était démuni, avec son petit stock de 150 millions de masques pouvant à peine couvrir 3 semaines de consommation dans les hôpitaux.

Usine de production de masques en Allemagne (photo d'illustration)
Usine de production de masques en Allemagne (photo d'illustration) © AFP / Bodo Schackow / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance via AFP

L'Etat a alors dû en importer en masse et au prix fort depuis la Chine : ça a représenté un déficit commercial de 3,7 milliards d’euros au deuxième trimestre, c’est considérable. Et puis en quelques mois, de nouveaux producteurs sont apparus dans l’Hexagone : on en compte désormais 20, contre quatre en janvier dernier. Alors qu’on produisait 3,5 millions de masques jetables par semaine avant la crise sanitaire, on devrait franchir le cap des 60 millions ce mois-ci et atteindre les 100 millions en fin d’année, selon Bercy.

Que s’est-il passé ?

L’Etat a utilisé un instrument redoutablement efficace : la commande publique. Santé Publique France a commandé 4,6 milliards de masques, dont un tiers à des entreprises françaises, même s’il faut préciser que toutes ne font pas forcément fabriquer en France. 

Le ministère de l’Industrie s’intéresse aussi à l’amont de la filière : la production de ce qu’on appelle le meltblown, un textile dérivé du polypropylène. C’est la couche intermédiaire dans les masques qui leur permet de filtrer l’air que vous respirez. L’Etat va subventionner jusqu’à 30 % de l’investissement dans une dizaine de projets de production de meltblown en France, sachant que chaque machine coûte entre 8 et 10 millions d’euros.

Les entreprises sur ce marché

Parfois, ce sont des industriels qui ont pignon sur rue et qui ont voulu compenser la chute de production dans leur secteur, comme l’équipementier automobile Savoy International. Mais il y a aussi de nouveaux acteurs. A Plaintel, dans les côtes d’Armor, il y avait autrefois la plus grosse usine de masques de France : elle a été fermée en 2018 par son propriétaire, le groupe américain Honeywell, qui a licencié les 200 salariés et délocalisé la production en Tunisie. 

Deux projets concurrents ambitionnent de faire renaître cette usine aujourd’hui avec deux philosophies totalement opposées. D’un côté la Coop des Masques, un projet de coopérative porté par l’ancien secrétaire d’Etat Guy Hascoët : elle associe au capital les salariés, les collectivités et des entreprises locales qui veulent sécuriser leur approvisionnement en masques. L’autre projet, c’est M3 Sanitrade, une entreprise créée par l’homme d’affaire Abdallah Chatila, qui elle vise les marchés à l’export.

Ces industriels font le pari que le port du masque va entrer dans les habitudes des professionnels de santé. Et aussi dans celle de la population, à la moindre grippette. Mais vous avez raison de vous inquiéter. Si Honeywell a pu fermer l’usine de Plaintel, c’est parce que l’Etat avait arrêté de lui commander des masques après la crise du virus H1N1. Du côté de Santé Publique France, on se dit prêt à s’engager auprès des producteurs français sur des contrats à 4 ans. Mais aucun n’est signé pour le moment. La preuve est faite en tout cas que la France peut reconquérir son autonomie industrielle, si elle y met les moyens.

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