Un débat voulu par le Président de la République.

Députés à l'Assemblée nationale
Députés à l'Assemblée nationale © AFP / Patrick Kovarik

Emmanuel Macron l’a dit : avec ce débat, il souhaite que l’on « regarde en face » la question migratoire. Le risque, c’est plutôt d’ouvrir la boîte de Pandore, tant les préjugés et les fantasmes sont tenaces. Quand on interroge les Français, ils surestiment largement la présence des immigrés dans l’Hexagone. Ils ne sont pourtant que 6 millions et demi. Cela représente 10 % de la population. C’est moins qu’en Allemagne, en Espagne ou au Royaume-Uni. 

Si on tient compte du fait qu’une part d’entre eux ont obtenu la nationalité française, la part des étrangers sur le territoire est à peu près la même qu’au début des années 80 ou des années 30. J’ajoute que moins de la moitié de ces étrangers sont originaires du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne. On est vraiment très loin de voir se réaliser le Grand remplacement, le délire complotiste d’extrême droite de l’écrivain Renaud Camus. 

La France n’est-elle pas en passe de « devenir le premier pays d’Europe pour la demande d’asile », comme l’a dit Emmanuel Macron ?

Oui, les demandes d’asile augmentent, mais c’est une façon biaisée de présenter les choses. C’est ce que dit le démographe François Héran, que vous recevrez tout à l’heure Eric. Proportionnellement à la taille de la population française, nous avons reçu beaucoup moins de demandes d’asiles que des pays comme l’Allemagne, la Suède ou même la Grèce. Et nous sommes moins généreux aussi que la moyenne des pays européens quand il s’agit d’accorder le statut de réfugié…

Les étrangers en situation irrégulière bénéficient de l’AME, l’aide médicale d’Etat. Certains responsables politiques jugent qu’elle favoriserait le tourisme médical

C’est un mauvais procès. Un rapport parlementaire de 2015 montrait déjà que 70% des coûts de l’AME résultent de frais d’hospitalisation liés à la tuberculose, au VIH ou encore à l'accouchement par césarienne. Il faut rappeler qu’en soignant les sans papiers, on protège aussi le reste de la population en évitant la transmission de maladies infectieuses.

D’une manière générale, il est faux de dire que les immigrés sont une charge pour les pays qui les accueillent. Ils travaillent, donc ils cotisent en France et c’est leur pays d’origine qui a payé pour leur formation.

Et quel est l’effet sur le marché de l’emploi ?

Il est tantôt négatif, tantôt positif, il est surtout très faible. Les immigrés, contrairement à une idée reçue, sont souvent plus diplômés que la moyenne de la population dans leur pays d’accueil. Mais ils ont du mal à faire valoir leurs qualifications, notamment parce qu’ils sont discriminés. 5 millions d’emplois sont interdits aux étrangers dans l’Hexagone. Du coup, les immigrés sont cantonnés à des métiers peu qualifiés : en France, ils représentent un tiers des employés de maison.

En opposant les classes populaires qui vivent avec les immigrés aux bourgeois qui ne les croisent pas, Emmanuel Macron espère reconquérir tous ceux qui ont des fins de mois difficiles et que sa politique économique a plutôt malmenées depuis le début de son quinquennat. Mais le président oublie qu’une partie de ces classes populaires est issue de l’immigration. La reconquête sera difficile.

  • Pour aller plus loin

« Les immigrés victimes des préjugés », un article de Xavier Molénat à retrouver sur le site d’Alternatives économiques.

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