C'est l'une des mesures phares du plan de relance. Une baisse destinée à améliorer la compétitivité de l’industrie française pour faire revenir les usines.

C’est une vieille revendication du Medef qui est satisfaite : les impôts de production, ce sont tous ces impôts que les entreprises paient dès qu’elles commencent à produire, avant même de savoir si elles feront des profits : taxe sur le chiffre d’affaires, la valeur ajoutée, les salaires, le foncier... Au total, le Conseil d’Analyse économique a calculé qu’ils représentent 3,3% du PIB en France, quasiment le plus haut niveau d’Europe. Ça pénalise l’usine France nous dit le patronat, qui avait l’oreille de Bruno Le Maire avant même la crise sanitaire. Le plan de relance, c’est l’occasion rêvée : le gouvernement tire un trait de plume sur 20 milliards d’euros de prélèvements sur les entreprises étalés sur deux ans.

On vous sent dubitatif…

Oui, parce qu’il ne faut pas regarder seulement ce que les entreprises versent à la collectivité, mais aussi ce qu’elles reçoivent. Or, la France est l’un des pays d’Europe qui subventionne le plus la production : à hauteur de près de 3% du PIB. Pas sûr que nos entreprises soient donc si pénalisées.

Entre le crédit impôt recherche, le CICE, et le pacte de responsabilité, elles ont reçu beaucoup de cadeaux fiscaux ces dernières années, sans guère de résultat sur l’emploi ou l’innovation, ni de contreparties. Le laboratoire Sanofi par exemple en a bien profité, et cela ne l’empêche pas de supprimer 1000 emplois en France, alors qu’il ne connaît pas de difficultés. Dans le monde d’après, la stratégie actionnariale continue de primer sur le patriotisme économique.

Baisser les impôts de production ne servira donc à rien ?

Le seul effet certain, c’est que ça va creuser un nouveau trou dans les recettes de l’Etat qu’il faudra bien compenser. L’industrie est sans doute défavorisée par rapport aux services, mais supprimer ces impôts ne suffira pas à faire refleurir les usines sur tout le territoire. Et ce n’est pas non plus la renaissance du Commissariat au plan avec François Bayrou à sa tête qui va changer la donne.

Dans l’après-guerre, le plan a été l’outil qui a permis le rattrapage économique de la France. Le ressusciter est une bonne idée pour recréer un lieu de dialogue entre experts, patrons, syndicats pour penser ensemble l’avenir. Mais comme l’a dit le Premier ministre : « On ne va pas revenir à la planification des années 50 ». Comprenez : l’Etat n’a plus la main sur les fleurons industriels tricolores, il ne peut plus influencer leur stratégie comme autrefois.

A vous entendre, la bataille du Made in France semble perdue…

Non, mais pour avoir une chance de la gagner, il faudrait changer la gouvernance des entreprises. Faire rentrer massivement dans leurs conseils d’administration ce qu’on appelle leurs parties prenantes : des représentants des salariés, des collectivités locales, de la société civile… pour que les entreprises prennent enfin vraiment en compte des dimensions comme l’emploi, la transition écologique, la souveraineté technologique de notre pays. Et plus seulement l’intérêt des actionnaires.

On peut retrouver sur le site d’Alternatives Economiques toutes les analyses de votre rédaction sur la question des impôts de production et le plan de relance.

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