Malgré la défaite cuisante de Boris Johnson devant le Parlement britannique, tout risque de hard Brexit n’est pas écarté. Un Brexit sans accord, ça aurait pourtant de lourdes conséquences économiques.

Des files interminables de poids lourds aux frontières, des pénuries de carburant, de médicaments, de fruits et de légumes… Le rapport secret du gouvernement qui a fuité dans la presse le mois dernier a fait l’effet d’une bombe au Royaume-Uni, montrant l’impréparation du pays en cas de "no deal".

Mais ce n’est pas le plus grave : ces retards de livraison pourraient se résorber à moyen terme. Non, le plus dur si le Royaume-Uni quitte l’Union européenne sans accord, c’est qu’il devra respecter les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Finis les produits importés depuis le continent sans droits de douane : le prix que les entreprises britanniques paient pour les céréales et la viande qu’elles achètent à l’étranger pourrait augmenter de 50%. Un tiers de la consommation alimentaire des ménages britanniques est importée. Imaginez le choc pour leur porte-monnaie. 

Et quelles conséquences pour les entreprises ?

Ce serait un coup de grâce pour l’industrie britannique, parce que ses chaînes de production sont très intégrées avec le reste de l’Europe. Dans l’automobile par exemple, le moteur de la Mini franchit trois fois la Manche au cours de son processus de production.

Les services qui représentent les trois quarts de l’économie britannique souffriraient aussi, et pas seulement la City, la place financière. Au total, avec un hard Brexit, ce sont 2,5 millions d’emplois qui pourraient être menacés au Royaume-Uni.

Mais Boris Johnson et les partisans du Brexit affirment que le pays s’en sortira beaucoup mieux en passant des accords commerciaux avec les Etats-Unis par exemple…

Ça ne compensera jamais la perte du marché européen. Et le Royaume-Uni ne sera pas en position de force pour négocier, il devra brader ses standards sanitaires qui protègent ses consommateurs et ses entreprises. 

Pour que l’impact du Brexit soit le moins négatif possible, il faudrait un accord de libre-échange avec l’Union européenne aussi avantageux que le marché unique. Jamais les Européens n’accepteront. 

Comment expliquer alors qu’une partie de l’opinion britannique continue de soutenir avec force un Brexit ?

Il faut remonter à la crise de 2008 et à l’austérité mise en place par le gouvernement de David Cameron. Ce que montrent deux chercheuses en sciences politiques, Pauline Schnapper et Emmanuelle Avril, c’est que les classes populaires ont été laminées. En votant pour le Brexit, elles ont manifesté leur rejet des élites, de la mondialisation sans garde-fous, du toujours plus de concurrence. C’est la fin du consensus néolibéral instauré par Margaret Thatcher, la dame de fer qui accédait au pouvoir il y a 40 ans. 

Le paradoxe, c’est que celui qui devait mener à bien ce Brexit et qui n’a pas dit son dernier mot, c’est Boris Johnson. Un thatchérien pur sucre, pro-mondialisation, qui pourrait être tenté de privatiser le NHS, le système de santé britannique, pour décrocher un accord commercial avec les Etats-Unis. Ça ne va pas vraiment dans le sens du protectionnisme que réclament les partisans du Brexit.

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