Le constructeur automobile Tesla s’est apprécié de plus de 100 milliards de dollars à la Bourse de New York, en à peine un mois. Une croissance si rapide et si forte est un cas unique dans l’industrie. Alors comment expliquer une telle folie boursière ?

Une voiture Tesla Model X devant un magasin Tesla
Une voiture Tesla Model X devant un magasin Tesla © AFP / JULIAN STRATENSCHULTE / DPA / dpa Picture-Alliance

Folie boursière est indiscutablement la bonne expression. Il se produit avec Tesla ce qu’aucun GAFA, autrement dit Apple, Google, Amazon ou Facebook, n’a connu en Bourse.

En quatre mois, la valeur du petit constructeur californien a quadruplé, passant de 40 à 160 milliards de dollars, soit en moyenne un milliard de plus par jour. 

Certes depuis mercredi, l’action a fléchi, mais elle reste à des niveaux stratosphériques.

On est encore très loin des fameux GAFA qui valent plus de 1000 milliards…

Bien sûr, mais comparé au secteur automobile, Tesla est un ovni. Pensez donc. En octobre, la société du fantasque Elon Musk avec ses 360 000 voitures produites l’an dernier valait deux fois Peugeot et ses millions de véhicules. Début janvier, sa capitalisation dépassait celle de Ford et de General Motors cumulée. Aujourd’hui seul Toyota est mieux valorisé en Bourse que Tesla.

Cet emballement est-il rationnel ?

Si l’on rapporte cette croissance à la réalité comptable d’une société en pertes l’an dernier, alors cette envolée est excessive. Mais les investisseurs regardent d’autres critères.

Lesquels en l’occurrence ?

En réalité, Elon Musk a fait des paris que peu de monde l’imaginait capable de relever il y a seulement deux ans. Or, il les a gagnés.

D’abord, il a affirmé qu’il pouvait transformer un petit constructeur de niche en constructeur généraliste. Cela impliquait au moins trois choses : inventer un véhicule électrique bon marché, la Tesla Model 3 proposé à 40000 dollars, le vendre (les précommandes ont afflué dès 2018), et surtout le produire en masse ce qui est un véritable défi dans l’automobile. 

Or, malgré des retards à répétition, Tesla a porté sa production annuelle de 100000 véhicules à 360000 en 24 moisr. Cerise sur le gâteau, depuis quelques mois, le constructeur dégage du cash et affiche des bénéfices.

Et ce n’est pas son seul succès : le jeune constructeur continue de faire la loi sur le marché de la voiture électrique, en Amérique du Nord et en Europe, alors même que tous les mastodontes de l’automobile multiplient les lancements de véhicules à batterie.

Et si Tesla était en train de devenir incontournable sur ce marché se demandent les investisseurs fascinés par Elon Musk ?

Que pensez-vous de cette fascination ?

Je crois qu’aujourd’hui les investisseurs achètent un peu Tesla et beaucoup Elon Musk, que Donald Trump, qui ne fait pas dans la demi mesure je vous l’accorde, a qualifié de génie  lors de son passage à au forum de Davos. 

On l’a vu avec Steve Jobs chez Apple : un patron visionnaire, hyper innovant, capable d’industrialiser ses produits peut faire des miracles. Et c’est bien ce que veulent croire aujourd’hui les marchés.

Ils veulent croire à la possibilité que Tesla casse vraiment les codes de la voiture, comme Apple avec ses iPhones. Qu’il gagne la bataille du véhicule autonome, qu’il invente de nouveaux services, une nouvelle distribution… que sais-je encore ?

Ils parient largement sur un personnage à part du capitalisme, qui souvenez-vous, a envoyé dans l’espace sa Tesla rouge, histoire de montrer au monde entier le succès de SpaceX, sa société avec laquelle il compte révolutionner la conquête spatiale.

Les marchés boursiers achètent très probablement un peu de rêve. Faut-il leur en faire le reproche ?

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