A l’heure du déconfinement et du retour progressif dans les entreprises, les relations sociales risquent de s’envenimer dans les PME-TPE, car sur beaucoup de sujets, employeurs et salariés ne sont pas du tout sur la même longueur d’onde.

La pérennisation du  télétravail divise salariés et patrons
La pérennisation du télétravail divise salariés et patrons © Getty

Quelles sont les principales sources de crispation ?

Elles sont nombreuses et c’est la surprise du sondage mené par Harris Interactive pour le Groupe AÉSIO que nous dévoilons ce matin dans Le Parisien-Aujourd’hui en France. Alors que l’expérience éprouvante de l’épidémie de Coronavirus avait plutôt rapprochés employeurs et salariés des PME-TPE, on voit bien que, le pire étant passé, les revendications sociales reprennent droit de citer. Avec quelques thèmes nouveaux qui montent en puissance.

D’abord, la gestion des congés. Vous vous souvenez qu’au début de la crise sanitaire, le gouvernement avait, par ordonnance, autorisé les employeurs à imposer jusqu’à six jours de congés en cas de chute d’activité. Eh bien, huit salariés sur dix y sont aujourd’hui favorables, comme alternative au chômage. C’est le cas de la moitié seulement des employeurs.  Autre sujet de tension, seul un dirigeant sur quatre est prêt à encourager plus largement  la pratique régulière du télétravail alors que neuf salariés sur dix souhaitent travailler plus souvent de chez eux. Ce décalage s’explique en partie par le fait que l’on parle ici des TPE-PME. C’est évident plus facile de télétravailler dans un grand groupe de services ou une société de la tech que dans une PME industriel ou chez un artisan du BTP.

L’autre pomme de discorde concerne les salaires

Avec un sujet qui va cristalliser les tensions sociales :  à l’image de ce que le gouvernement vient d’annoncer pour les personnels des Ehpad, neuf salariés des TPE-PME veulent une prime exceptionnelle pour tous ceux qui sont restés fidèles au poste pendant le confinement. A l’inverse, seul un patron sur quatre acceptent de leur en verser une. Plus largement, près de 4 salariés sur cinq veulent une revalorisation de la grille des salaires quant neuf dirigeants sur dix ne veulent pas en entendre parler.

Comment répondre à ces revendications alors que beaucoup de petites et moyennes entreprises sont en péril ?

C’est évidemment ce qui explique les divergences.  Car le sondage montre qu’un tiers des patrons – et même 50% dans la restauration - s’inquiètent de la survie de leur entreprise et près de la moitié de leur possibilité de maintenir l’emploi. Des chiffres très préoccupants quand on sait que près de 40% des salariés du privé travaillent justement dans les quatre millions de TPE-TPE. Les salariés sont bien sûr conscients des dangers : dans les entreprises en difficulté, un sur deux est même prêt à accepter un gel des salaires et trois sur dix que leur patron réduise les effectifs. Mais, cela peut paraître paradoxal et c’est l’autre surprise de ce sondage, ces mêmes salariés se disent aussi que la crise va impacter fortement leur pouvoir d’achat. Ils vont donc continuer à réclamer des hausses de salaire malgré la crise sans précédent qui plonge le pays dans la récession. En clair, ils considèrent dans leur grande majorité que ce n’est pas à eux de payer la note.

L'équipe
  • Marc LomazziRédacteur en chef adjoint au Parisien Aujourd’hui en France
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