Avec les mesures de confinement et la fermeture des magasins non alimentaires, on aurait pu s’attendre à une ruée sur les sites de vente en ligne. En réalité, la période n’est pas si favorable que cela au e-commerce.

Acheteurs compulsifs ou consommateurs-citoyens ?
Acheteurs compulsifs ou consommateurs-citoyens ? © Getty / Tevarak Phanduang / EyeEm

A première vue, c’est assez étonnant puisque la quasi-totalité des sites de vente sont restés ouvert. On aurait pu penser en effet que les Français, confinés chez eux, auraient passé leur temps à faire des achats en ligne. Eh bien pas tout. 

Selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, la FEVAD, près de 80% de sites français ont au contraire noté un recul de leur activité. Et pour la moitié d’entre eux c’est même une dégringolade de plus de 50%. C’est le cas évidemment dans tous les secteurs à l’arrêt : les sites de voyage, de billetteries de spectacles, d’équipements de la maison. En cette période de crise, les Français n’ont pas non plus la tête à s’acheter des bijoux ou des vêtements de marques.

Est-ce que, malgré tout, des secteurs résistent ?

Oui. A commencer bien sûr par les livraisons de repas à domicile ou les produits culturels ou éducatifs. Ce qui cartonne aussi, c’est tout ce qui permet de télétravailler : les imprimantes, les cartouches d’encre, etc. Ce qui est surtout intéressant de noter c’est comment, au bout de quelques jours, le confinement a modifié le comportement des consommateurs en ligne.

C’est-à-dire ?

A en croire les clients que nous avons interrogés, il y a eu une prise de conscience, y compris chez les plus accros de la vente en ligne que, derrière leurs écrans, se cachaient des salariés, dans les entrepôts, les chaînes de tri, les livreurs, qui travaillent au risque d’être contaminés.

Ceux-là ont ont appuyé sur le bouton "pause". Fini le shampoing, le café, les chaussures commandés en ligne et livrés à domicile pour éviter d’exposer les employés d’Amazon ou de la Poste à des risques inutiles. Des consommateurs citoyens en quelque sorte. Et puis il y a les autres qui ont le réflexe inverse.

Les addicts du shopping en ligne qui, eux, s’en sont donnés à cœur joie. C’est cela ?

Oui. Des consommateurs qui n’ont absolument rien changé à leurs habitudes. Dans cette catégorie, vous avez ceux qui ont mauvaise conscience et vous expliquent qu’il faut bien faire tourner l’économie, qu’ils préfèrent tout se faire livrer pour éviter de propager le virus. 

Et puis, vous avez les insouciants qui continuent comme si de rien n’était à commander tout et n’importe quoi : des canettes de sodas, des barres chocolatées, des tringles de rideaux… 

On livre des gens en chaussettes qui commandent des broutilles parce qu’ils s’ennuient chez eux !

 dénonce dans notre enquête Sébastien Pimot, porte-parole du collectif des livreurs autonomes de Paris. 

En quoi est-ce que ça pose un problème ?

Quand on sait que l’inspection du travail a épinglé trois des sites entrepôts d’Amazon en France parce que les conditions de protection des salariés n’étaient pas réunies, on comprend que ces employés, comme les chauffeurs-routiers, n’aient pas envie de risquer leur vie pour des broutilles. 

Des sites comme Leroy-Merlin ont donc volontairement limité le nombre de références, Amazon, Cdiscount ou Fnac-Darty font passer certaines commandes "en priorité". 

A La Poste, il y a eu un débat au sommet entre direction et syndicats sur le fait de savoir s’il ne fallait plus livrer que les colis essentiels. Là, c’est le patron de l’entreprise Philippe Wahl qui a tranché en refusant de faire ce qu’il appelle "la police du colis". Il préfère, dit-il, en appeler "à la responsabilité citoyenne et solidaire des clients et des sites de e-commerce". Un message qui sera diversement reçu selon que vous soyez un consommateur responsable ou un acheteur compulsif.  

L'équipe
  • Marc LomazziRédacteur en chef adjoint au Parisien Aujourd’hui en France
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