J-8 avant le premier tour des élections régionales. Faisons le bilan des nouvelles super-régions cinq ans après leur création…

J-8 avant le premier tour des élections régionales. (Illustration).
J-8 avant le premier tour des élections régionales. (Illustration). © AFP / RICCARDO MILANI / HANS LUCAS

Dans cette campagne, on parle plus de l’ambition de certains présidents de région pour la présidentielle de 2022 que de ce qui s’est passé sur leur territoire au cours des cinq dernières années. Pourtant, souvenez-vous, la loi Notre, c’était une grande réforme du quinquennat de François Hollande : l’exécutif a poussé les régions à fusionner ; on en comptait 22, elles ne sont plus que 13 aujourd’hui. Au passage, elles ont gagné de nouvelles compétences.

L’idée, c’était que de grandes régions seraient plus puissantes pour lutter dans la compétition mondiale, mais aussi plus efficaces et plus économes, grâce à l’élimination des doublons dans les services des régions fusionnées.

Et quel est le résultat de ce big bang ?

Il n’est pas fameux. Selon la Cour des comptes, la fusion n’a pas généré d’économies. Au contraire, les super-régions ont dépensé plus, au moins dans un premier temps. C’était prévisible : les rémunérations du personnel, mais aussi les services rendus à la population, comme les tarifs sociaux sur les billets de TER, ont été alignés sur ceux de la région la plus généreuse. Même si d’autres estimations sont moins sévères, on est très loin des 12 à 25 milliards d’économies sur lesquelles le gouvernement de l’époque tablait. C’était tout simplement irréaliste. 

Par ailleurs, le processus de fusion a parfois été chaotique. Comme en Normandie ou en Nouvelle-Aquitaine, où les services régionaux ont été désorganisés durant deux ans au moins. En chemin, une partie de l’expertise s’est perdue et le niveau de connaissance du terrain par la Région s’est appauvri. C’est un paradoxe : au lieu d’ancrer un peu plus l’échelon régional dans les territoires, la réforme l’en a éloigné.

Les nouvelles régions ont aussi vu leur rôle renforcé dans des domaines comme les transports ou le développement économique. 

Ça n’était pas une bonne idée ?

Sur le papier, si. Parce que certaines régions mènent des politiques audacieuses. Par exemple, l’Aquitaine, avant même de fusionner avec le Limousin et le Poitou-Charentes, avait développé de longue date des initiatives pionnières pour soutenir la croissance et la modernisation de son tissu de PME industrielles, comme avec le programme Usine du futur. Le Nord-Pas-de-Calais, lui, avant d’être marié à la Picardie, avait initié un programme ambitieux de transition écologique, que la majorité actuelle à la tête des Hauts-de-France a d’ailleurs malheureusement enterré. Le problème, c’est que toutes ces actions régionales ont un impact limité en réalité.

Pour quelle raison ?

Parce que l’Etat n’a pas donné aux régions des moyens à la hauteur de leurs responsabilités. Les dépenses des régions pour le développement économique représentent moins de 2% de l’ensemble des aides versées aux entreprises dans l’Hexagone. Et quand on compare les régions françaises à leurs homologues européennes, l’écart est criant : la plus grande région française, la nouvelle-Aquitaine, a un budget de 3 milliards d’euros ; celui de la Hesse, en Allemagne atteint quant à lui 38 milliards ! 

Avec ces grandes régions sans autonomie financière, le risque, c’est d’accroître dans la population le sentiment que le politique est impuissant à peser sur le cours des choses. Il serait plus que temps que la France joue vraiment le jeu de la décentralisation, si elle veut éviter une crise démocratique plus profonde. 

Elections 2021 : les régions ont-elles tenu leurs promesses ?, c’est un dossier à retrouver sur le site d’Alternatives économiques.

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