Au plus fort de la crise du Covid-19, plusieurs grands patrons ont annoncé qu’ils renonçaient à une partie de leur rémunération.

Jean-Paul Agon, PDG de "L'Oréal"
Jean-Paul Agon, PDG de "L'Oréal" © AFP / Eric Piermont

Tout est parti d’une recommandation de l’AFEP, ce club très discret mais très puissant qui rassemble les dirigeants des grandes entreprises. En mars, l’AFEP a recommandé aux grands patrons de « participer à l’effort national » en réduisant de 25 % la rémunération des mandataires sociaux sur toute la période de chômage partiel de leurs salariés. Plusieurs dizaines de grands patrons ont répondu à cet appel, mais pour des montants et des durées très variables.

Chez Saint-Gobain, Pierre-André de Chalendar, le PDG, et Benoît Bazin, le directeur général, ont fait don de 16 % de leur salaire net à l’AP-HP. Jean-Paul Agon, le PDG de L’Oréal, a lui baissé de 30 % son salaire sur toute l’année 2020. Chez Sodexo, l’ensemble de l’équipe dirigeante sacrifie une part de son salaire fixe pendant six mois et renonce à sa rémunération variable pour financer un fonds d’aide aux salariés qui vont perdre leur emploi.

Des patrons ont fait la sourde oreille à cet appel à baisser leur salaire

Stéphane Richard, le PDG d’Orange, par exemple. Il considère que son salaire est l’un des plus bas du CAC40. Surtout, le groupe n’a reçu aucune aide de l’Etat depuis le début de la crise, aucun salarié n’a été au chômage partiel : pas de raison pour lui d’être redevable.

C’est moins hypocrite que l’attitude d’Alexandre Bompard : le PDG de Carrefour s’est vanté de renoncer à 25 % de sa rémunération. Petit oubli de sa part : cette baisse ne concerne que la part fixe de son salaire, et seulement en mars et en avril. Le plus gros de sa rémunération, ce sont plutôt le variable et des stock-options. L’ONG Oxfam a fait le calcul : l’effort d’Alexandre Bompard représente seulement 0,8% des quelque 7,3 millions d’euros qu’il a perçu au total en 2019. Ridicule.

Peut-on obliger ces patrons réfractaires à baisser leurs salaires ?

Pas avant la prochaine assemblée générale de ces entreprises, en 2021 : c’est là que les actionnaires voteront les rémunérations des dirigeants sur la base des résultats de 2020. Comme ces résultats devraient être catastrophiques, on peut s’attendre à ce que les salaires des grands patrons baissent comme après chaque crise : en 2001 après l’explosion de la bulle internet ou en 2009 avec la crise des subprimes.

Le sociologue Olivier Godechot remarque cependant une chose : les augmentations de salaires des grands patrons sont toujours plus marquées que les baisses. Comme si les bons résultats d’une entreprise étaient toujours dus aux qualités du dirigeant, et les mauvais à une conjoncture qui se dégrade.

« Baisse de rémunération : les petits arrangements des grands patrons », c’est une enquête à retrouver sur le site d’Alternatives Economiques

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