Les sociétés d’autoroutes ont-elles baissé leur prix comme l'avait réclamé Elizabeth Borne il y a un an en pleine crise des gilets jaunes ?

Ce samedi, les Gilets jaunes vont à nouveau manifester, notamment à Paris pour ce qui sera l’acte 66 de leur mobilisation. Et, justement,, nous revenons sur l’une des toutes premières mesures prise pour tenter de calmer la colère des Gilets jaunes. Après avoir renoncé à la hausse de la taxe carbone sur les carburants, le gouvernement avait annoncé il y a un an de la baisse de 30% des tarifs de péages pour ceux obligés de prendre une portion d’autoroute pour aller travailler. 

Cette mesure a t-elle effectivement été mise en place ?

Oui, les sociétés d’autoroutes se sont résolues il y a an à faire un effort. Elles avaient fini à l’époque par accepter bon gré mal gré, une ristourne de 30% sur leurs tarifs de péage réservée, vous l’avez dit, aux automobilistes qui effectuent des trajets domicile-travail. Le critère retenu à l’époque, et toujours en vigueur aujourd’hui, est que pour bénéficier de ces 30% il faut faire au moins dix-allers-retours par mois. Un effort limité donc mais réel, mais en réalité, les gestionnaires d’autoroutes n’ont pas eu d’autres choix que de céder à la demande du gouvernement.

Quand le mouvement des Gilets jaunes démarre, fin 2018, il cible les prix à la pompe mais aussi les autoroutes. Avec des actions péages gratuits et, beaucoup moins sympathiques, des actions coup de poing contre les barrières de péages. Plusieurs seront prises d’assaut, saccagées, voire incendiées. En janvier 2019, le gouvernement craint un regain de violence car se profilent les traditionnelles hausses de péage du 1er février. Et elles vont être salées : 1,8% (à titre de comparaison cette année c’est deux fois moins). Pour calmer les Gilets jaunes, la ministre des Transports Elisabeth Borne met la pression sur les sociétés d’autoroutes pour qu’elles fassent un « geste commercial ». Ce que, dans un premier temps, les autoroutiers vont refuser tout net.

Le gouvernement a t-il les moyens de les contraindre à baisser leurs tarifs ?

En droit, non. Les sociétés d’autoroutes se retranchent derrière les contrats de concession signés avec l’Etat et la formule mathématique qui fixe chaque année l’évolution de leurs tarifs. En 2015, Ségolène Royal avait bien tenté de passer en force en imposant un gel des tarifs. La mesure a été cassée par les tribunaux. Quatre ans plus tard, Elisabeth Borne a un argument choc : les dégradations contre les installations ont déjà coûté des millions d’euros, sans accord, la facture va encore grimper. Et puis, si les autoroutiers ne cèdent pas, le débat va immanquablement rebondir sur les milliards qu’ils se mettent dans la poche depuis la privatisation et ce, sur le dos des automobilistes. Mi-janvier, les autoroutiers finissent pas lâcher.   

Sait-on combien d’automobilistes ont, depuis, profité de cette offre de péages à -30% ?

Oui et c’est là que le bât blesse. Le gouvernement espérait qu’un million en bénéficieraient. En réalité, d’après nos informations, ils ne sont que 100 000. Une vraie déception pour le ministère des transports qui soupçonnent les sociétés d’autoroutes d’avoir planté l’opération en faisant zéro publicité. Le gouvernement les pousse donc à lancer une campagne de promotion.

Les sociétés d’autoroutes ont-elles oui ou non joué le jeu ?

C’est vrai qu’elles n’ont en pas beaucoup parlé de l’offre mise en place à la demande expresse du gouvernement. C’est vrai aussi qu’elles l’ont assortie de nombreuses exceptions. Deux exemples : la réduction n’est pas valable sur les portions dotées d’ouvrages spécifiques, comme le viaduc de Millau ou le tunnel du mont Blanc. Et sur les trajets quand ils sont gérés par deux ou trois gestionnaires différents. Enfin, les sociétés d’autoroutes préfèrent vendre leurs propres offres commerciales. D’ailleurs, quand on les interroge, elles insistent sur le fait que la ristourne de 30% c’est bien mais qu’elles proposent des abonnements plus intéressants avec des réductions sur des trajets domicile-travail allant jusqu’à…50 %.

L'équipe
  • Marc LomazziRédacteur en chef adjoint au Parisien Aujourd’hui en France
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