Avec la crise, le mot d’ordre des responsables politiques devient "relocalisation". Bruno Le Maire a d’ailleurs invité Renault et PSA à rapatrier une partie de leur production en France en échange du soutien financier de l'État. Est-ce que cela peut être suivi d’effets ?

Travail des bras robotisés de la chaîne de montage de l'usine Renault, mai 1997, Sartrouville, France.
Travail des bras robotisés de la chaîne de montage de l'usine Renault, mai 1997, Sartrouville, France. © Getty / Georges MERILLON/Gamma-Rapho

Tout dépend de la volonté réelle de l'État d’imposer des engagements aux constructeurs. De ce côté-là, le compte n’y est pas. l'État a garanti un prêt de 5 milliards à Renault. Et lors du réexamen du budget, 20 milliards d’euros ont été provisionnés pour venir au secours des entreprises stratégiques tous secteurs confondus, mais aucune contrepartie n’a été inscrite dans la loi. Au passage, on peut observer que ça fait des années que l'État est au capital de PSA et de Renault et que ça n’a pas vraiment empêché ces entreprises de délocaliser à tout va… Si on veut garder des usines en France, l'État actionnaire doit changer de politique. D’autant que le marasme sur le marché automobile risque de durer, l’emploi dans la filière va trinquer si l'État reste passif.

La question des relocalisations se pose aussi dans l’industrie pharmaceutique

La crise a en effet montré notre dépendance pour les principes actifs des médicaments à l’égard de pays comme l’Inde ou la Chine… On a eu cette semaine une autre illustration de cette dépendance aux stratégies des grands laboratoires avec la déclaration de Paul Hudson, le patron du groupe français Sanofi : les États-Unis pourraient être les premiers à bénéficier d'un vaccin contre le Covid-19, a-t-il dit, parce le gouvernement américain a financé sa recherche. 

Ces propos ont fait bondir à l'Élysée : le vaccin est un bien public, il doit être extrait des lois du marché, répond Emmanuel Macron. Très bien, mais concrètement, cela veut-il dire que l'État est prêt à entrer au capital des groupes pharmaceutiques pour contrôler leur activité ? Si on relocalise la production de médicaments en France, ils pourraient aussi coûter plus cher. Est-ce que la collectivité est prête à prendre en charge ce surcoût ? Ces dernières années, les pouvoirs publics faisaient au contraire pression pour faire baisser le prix des médicaments. 

Est-ce que des incitations financières pourraient favoriser les relocalisations ?

En fait, l’expérience montre que ces aides sont plutôt inefficaces, il faudrait mieux les cibler. Preuve en est que l’automobile et la pharmacie sont deux très gros bénéficiaires du crédit impôt recherche sans qu’on en voit vraiment le bénéfice pour l’économie française. Les entreprises qui relocalisent le font soit parce que la délocalisation est un échec, soit parce qu’elles remplacent du travail pas cher par de l’automatisation pour se rapprocher de leur marché. 

Une taxe carbone aux frontières européennes pourrait, c’est vrai, dissuader les entreprises d’aller produire ailleurs parce que les règles environnementales y sont plus souples. Mais il ne faut pas s’attendre à voir les usines repeupler en masse l’Hexagone. 

Pourquoi donc ?

Même si 9 Français sur 10 veulent que l’exécutif favorise les relocalisations, reste à les convaincre en tant que consommateurs d’acheter français. Le Made in France doit donc être innovant, haut de gamme, mais il risque aussi d’être plus cher. Attention à ne pas laisser les plus pauvres au bord de la route, prévient l’économiste El Mouhoub Mouhoud. Convaincre des gens en situation de précarité qu’ils doivent acheter une barquette de fraises bio françaises à 6 euros, plutôt que des fraises espagnoles à 2 euros, c’est compliqué. Si on veut relocaliser, il faut aussi se poser la question du pouvoir d’achat des petits salaires.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.