Il était très critiqué pour son manque d’engagement. Cette semaine, le secteur de l’assurance a dévoilé de nouvelles mesures pour venir en aide aux entreprises affectées par l’épidémie de coronavirus.

400 millions d’euros pour le fonds de soutien aux indépendants et aux très petites entreprises, 1,3 milliard en gestes commerciaux à l’égard des assurés, 1,5 milliard dans un plan d’investissement pour relancer l’économie. Si les assureurs sortent le chéquier, c’est que la pression est trop forte. Souvenez-vous de la petite phrase d’Emmanuel Macron lundi dernier : « Les assurances doivent être au rendez-vous de cette mobilisation économique. J’y serai attentif » - ça sonnait comme une menace.

Pas sûr cependant que ces annonces suffisent à faire taire les critiques. Depuis le début du confinement, les restaurateurs, les hôteliers, les petits commerçants, pour ne citer qu’eux, ne comprennent pas le refus des assureurs de prendre en charge leurs pertes d’exploitation, au motif que leurs contrats ne couvrent pas le risque de pandémie. Un restaurateur parisien menace même de porter plainte contre Axa. 

Pourquoi les assureurs ne veulent pas indemniser ces pertes d’exploitation ?

Le principe de l’assurance, c’est la mutualisation, rappelle Florence Lustman, la présidente de la Fédération française de l’assurance. On utilise les primes du plus grand nombre qui n'est pas touché pour indemniser ceux qui subissent un sinistre. Mais quand tout le monde est touché en même temps, comme avec l’épidémie actuelle, on ne peut plus répartir les risques entre assurés.

De fait, la facture des pertes d’exploitation des entreprises françaises dues au confinement devrait atteindre 60 milliards d’euros. Cela équivaut à une année de chiffre d’affaires du marché de l’assurance dommage. 

Les assureurs ne peuvent donc assumer seuls ce coût…

Mais ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas faire plus d’efforts. D’autant que le confinement n’a pas que des mauvais côtés pour eux, loin de là. Prenons les accidents de la route : le quasi-arrêt de la circulation automobile a entraîné une baisse de 80 % de la sinistralité. Au total, les assureurs devraient économiser 1 milliard d’euros d’ici le 11 mai. 

Même constat pour les complémentaires santé. Les Français ne vont plus chez le dentiste ou l’ophtalmo, ni même chez leur généraliste, les opérations qui pouvaient attendre ont été reportées. Les dépenses de santé, et donc les remboursements, sont en chute libre. Une aubaine pour les assureurs qui continuent d’encaisser les cotisations : plus de 3 milliards d’euros par mois.

Quelle forme un effort supplémentaire des assureurs pourrait-il prendre ? 

Celle d’un régime d’indemnisation des catastrophes sanitaires. Les assureurs ont accepté de travailler à sa mise en place, sur le modèle du fonds d’indemnisation des catastrophes naturelles qui existe depuis 1982. Mais ce dispositif ne commencerait à fonctionner que pour les catastrophes futures. 

C’est pourtant maintenant qu’il faut agir. C’est pourquoi Michel Castel, un ancien de la Banque de France, propose de mettre en place un fonds pour indemniser les pertes des PME. Ce fonds serait abondé par les assureurs qui emprunteraient 25 milliards sur les marchés financiers. Un emprunt qui serait remboursé ensuite à 80 % par l’Etat et les entreprises sous forme d’une surprime d’assurance. Les 20 % restant seraient à la charge des assureurs. Ils y ont plutôt intérêt, car des entreprises qui font faillite, ce sont des cotisations d’assurance en moins. Et si les assureurs jouent le jeu, cela dissuadera peut-être les pouvoirs publics de leur faire payer un impôt exceptionnel pour financer le plan de sauvetage de l’économie.

« Les assureurs, grands gagnants de la crise ? », c’est une enquête à retrouver sur le site d’Alternatives Economiques.

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