C'était il y a 5 ans, le monde découvrait que Volkswagen trichait sur les émissions de ses moteurs Diesel. C’était le début d’un scandale hors norme. 5 ans après, la page du Dieselgate est-elle tournée ?

Pas tout à fait, mais le bout du tunnel est en vue. En tout cas pour les groupes automobiles. Volkswagen a déjà payé la somme colossale de 30 milliards d’euros pour tenter de solder les principaux chefs d’inculpation. La semaine dernière Daimler a conclu de son côté un accord de 2,2 milliards de dollars avec les autorités américaines. En France, notons que les informations judiciaires qui concernent Volkswagen, Renault, PSA ou encore Fiat sont toujours en cours. Pour les dirigeants en revanche, l’affaire est loin d’être terminée. Martin Witterkorn, l’arrogant PDG du groupe VW à l’époque des faits, attend son procès en Allemagne. Il est renvoyé devant le tribunal pour « fraude en bande organisée ». Les dirigeants d’Audi doivent aussi prochainement comparaître. 

Est-ce que les constructeurs automobiles ont mis fin au trucage sur les émissions ?

La pratique du logiciel truqueur qui modifie le fonctionnement du moteur au moment des tests a été bannie. Mais surtout, les règles d’évaluation des émissions de CO2 et de particules ont été modifiées en profondeur dans le but d’éviter de telles tricheries, et surtout de fournir des résultats les plus fiables possibles. Les autorités ont ainsi introduit la norme WLTP en 2017. Elle vise, en simplifiant grossièrement, à mesurer les émissions en conditions réelles d’utilisation des moteurs.

Quelles ont été les conséquences de ce Dieselgate ?

Elles sont nombreuses. Concernant le groupe Volkswagen, il est intéressant de noter que le géant allemand a surmonté le scandale, en tout cas commercialement. Premier constructeur de la planète en 2015 : il est redevenu en 2019, le premier constructeur du monde. Les clients ne sont visiblement pas rancuniers... 

Politiquement en Allemagne, le scandale a laissé des traces profondes. La classe politique, qui a tout fait pendant des décennies pour défendre « Das Auto » à Bruxelles et dans le monde entier, s’est sentie trahie. Et depuis a pris ses distances avec ce secteur pourtant central dans la richesse du pays.

Il est intéressant de noter qu’Ursula von der Leyen, la présidente de la commission européenne, vient d’annoncer une accélération des baisses des émissions de CO2 pour le secteur automobile. Un très mauvais coup pour les constructeurs allemands. Pour autant Angela Merkel ne s’y est pas opposée. 

Mais la plus grande conséquence du dieselgate est industrielle. Ce scandale marque le début de la fin du diesel et l’accélération des moteurs propres. En France le Diesel ne représentait l’an dernier déjà plus que 34% des ventes de voitures neuves, contre 64% en 2014. L’image de ces moteurs, qui, rappelons-le, émettent moins de CO2 que les voitures à essence, est brisée. Les consommateurs s’en détournent, les municipalités à l’instar de Paris préparent son interdiction, et les industriels n’investissent presque plus dans cette technologie. En réalité, il est fort à parier qu’avant dix ans, plus aucune voiture particulière neuve roulant au gazole ne sera inscrite au catalogue des constructeurs.

L’heure est aux moteurs hybrides et surtout à l’électrique. Volkswagen a annoncé 60 milliards d’euros d’investissement dans la voiture du futur d’ici 2024, dont 33 milliards pour la seule auto électrique. 33 milliards… c’est plus que le coût du Dieselgate. Tout un symbole !

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