C’était une disposition du projet de loi Climat et résilience. Le gouvernement voulait encourager le développement de la vente en vrac dans les grandes surfaces. Une mesure retoquée par le Conseil d’Etat cette semaine.

L’état du marché du vrac en France.
L’état du marché du vrac en France. © Getty / G_rkem Akar / EyeEm

C’était pourtant une bonne idée ! A l’origine, parmi les propositions de la Convention citoyenne sur le climat, il y avait celle d’obliger les grandes surfaces à consacrer au minimum 50 % de leur surface de vente au vrac d’ici 2030. Le gouvernement a été moins audacieux : il a fixé ce seuil à 20 % dans le projet de loi présenté en conseil des ministres la semaine dernière. Mais le Conseil d’Etat juge cet objectif non conforme au droit et demande son retrait.

Dommage, car c’était un sacré coup de pouce donné à un mode de consommation qui réduit les emballages et donc les déchets. Et qui permet aussi de lutter contre le gaspillage alimentaire. Acheter ses pâtes, ses céréales ou même ses détergents en vrac, c’est choisir la quantité qui correspond à ses besoins, pas celle imposée par le fournisseur. Pour ses défenseurs, c’est donc une façon de se réapproprier sa consommation.

Et comment se porte ce marché du vrac ? 

Il défie la crise. Son chiffre d’affaires a augmenté de plus de 40% l’année dernière pour dépasser le milliard d’euros. Le marché profite de l’engouement pour le bio : il a doublé depuis 2013 et devrait encore tripler d’ici 2022. De quoi aiguiser les appétits. 

Les hypers et les supermarchés réalisent la moitié des ventes en vrac, mais ils sont talonnés par les magasins bio, avec une part de 45 %. Les 5 % restants, ce sont les épiceries spécialisées uniquement dans ce type de vente. Mais elles se développent très rapidement : on en comptait seulement 2 en 2013 contre près de 500, sept ans plus tard.

Ce développement du vrac, c’est un retour aux origines du commerce ?

Oubliez Monsieur Oleson, l’épicier de la petite maison dans la prairie, si c’est l’idée qui vous vient à l’esprit. Derrière les silos transparents et les bacs à pelle, il y a pas mal d’innovation dans cette filière, ne serait-ce que pour respecter les normes d’hygiène en vigueur et vaincre les réticences de certains consommateurs face à des aliments non emballés. 

Par exemple, l’entreprise Jean Bouteille, dont on trouve les produits dans 700 magasins, met le paquet sur la recherche et le développement. Ses ingénieurs ont conçu des distributeurs de produits pâteux comme la mayonnaise, la pâte à tartiner pour remplacer les seaux en plastique qui se referment avec un simple couvercle. 

Et comment les grandes marques et les grandes enseignes réagissent-elles face à cette nouvelle tendance ?

Bien sûr, elles n’ont pas envie de passer à côté. Nestlé, Babybel, Yves Rocher, ou l‘Occitane ont commencé à tester des produits en libre-service.

La grande distribution reste pour le moment à la traîne : sa part de marché dans le vrac n’est pas à la hauteur de son poids dans le commerce en France. La mesure obligeant les hypers et les supermarchés à consacrer 20 % de leur surface au vrac les aurait poussés à combler leur retard par rapport à la concurrence. On verra si le gouvernement trouve une solution juridique pour traduire cette obligation. En attendant, le conseil d’Etat a sans doute offert un répit aux magasins bio et aux épiceries spécialisées. 

  • Pour aller plus loin :

Vente en vrac : dans les coulisses d’une filière en pleine croissance, c’est un article à retrouver sur le site d’Alternatives Economiques.

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