On a beaucoup entendu que si le gouvernement avait autant tardé à décréter un reconfinement, c’est notamment en raison de son impact sur l’économie. Est-ce que c’est une crainte vraiment justifiée ?

Faut-il craindre l’effet du confinement sur l’économie ?
Faut-il craindre l’effet du confinement sur l’économie ? © AFP / Magali Cohen / Hans Lucas

Elle demande à être relativisée. C’est en effet une petite musique qu’on a entendu du côté de l’exécutif depuis janvier : la région Île-de-France, c’est tout de même 30 % du PIB ; si on la reconfine, c’est le poumon économique de l’Hexagone qu’on met à l’arrêt. Comme si le gouvernement se retrouvait confronté à un choix cornélien : privilégier l’économie OU la santé. 

En réalité, opposer les deux n’a pas grand sens, c’est ce que montre une étude qui a été publiée récemment par le Center for Economic Policy Research, un réseau d’économistes européens.

Que dit cette étude au juste ?

Les trois chercheurs qui l’ont réalisée ont étudié l’impact du premier confinement au printemps 2020 sur l’activité économique dans plus de cent pays. Dans les pays développés comme la France, la chute de l’activité a été en moyenne de 18 % durant cette période. Mais d’après les calculs de ces économistes, moins de la moitié de cette baisse est imputable au confinement lui-même. Ce qui a en fait le plus contribué à ralentir l’activité, ce sont les comportements volontaires de distanciation physique adoptés par la population par crainte d’être contaminée. En clair, il ne suffit pas de laisser les restaurants ouverts pour qu’ils soient remplis. Quand le virus galope, les gens préfèrent rester chez eux. 

Le véritable ennemi de l’économie, c’est donc plus l’épidémie que le confinement…

Oui, d’ailleurs le confinement est plutôt bénéfique pour l’économie à moyen terme : il permet de juguler l’épidémie, de diminuer le niveau des contaminations et donc d’accélérer ensuite le rythme de la reprise économique, parce que la population a moins besoin d’avoir recours à la distanciation sociale. 

A contrario, ce que cette étude montre aussi, c’est que plus un gouvernement tarde à mettre en place un confinement, plus ce confinement devra durer longtemps pour parvenir à endiguer la vague épidémique. Avec pour résultat un nombre de morts plus élevés. Moralité : mieux vaut un confinement très strict mais temporaire qui fasse bien baisser les contaminations que des demi-mesures prolongées.

Donc, aussi bien sur le plan économique que sanitaire, les décisions annoncées par Jean Castex jeudi soir viennent un peu tard…

Sans aucun doute. Cela dit, au stade actuel de la pandémie, le confinement à répétition n’est pas un remède miracle non plus. C’est ce que montre une autre étude publiée par le même réseau européen de chercheurs. Le confinement est surtout efficace en tout début d’épidémie, mais à la longue, il a moins d’effets sur le nombre de contaminations et de morts. 

Pourquoi ? Parce que la population respecte moins les restrictions, notamment celles sur la mobilité, et que les comportements se relâchent sur les gestes barrières. Cette lassitude, le gouvernement la redoute. C’est pourquoi il a décrété un confinement plus souple que les précédents pour le rendre plus supportable. Au risque qu’il soit là aussi moins efficace. Décidément, nous avons vraiment besoin d’être tous vaccinés, et vite. 

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