Retour sur la décision du président de la République, annoncée en marge d’une visite à l’institut Pasteur jeudi d’augmenter le budget de la recherche de 5 milliards d’euros.

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © AFP / GONZALO FUENTES / POOL / AFP

Emmanuel Macron parle d’un "effort inédit depuis la période de l’après-guerre". Concrètement, cette augmentation de 5 milliards sera étalée sur 10 ans. A terme, les moyens de de la recherche publique atteindraient 20 milliards d’euros, contre 15 milliards aujourd’hui. Il a donc fallu une pandémie pour que l’exécutif mette la main au porte-monnaie. 

Depuis des semaines, les chercheurs réclament des moyens, se mobilisent contre le projet de loi de programmation de la recherche. Ils voulaient même mettre "l’université et la recherche à l’arrêt" cette semaine, avant que le confinement ne s’en charge. 

Ironie supplémentaire, certains chercheurs se battent depuis des années pour obtenir des financements pour la recherche sur les coronavirus. Le gouvernement vient de leur accorder 58 millions d’un coup. Un peu tard. Avant même ces annonces, Bruno Canard, un chercheur du CNRS, avait prévenu : "la science ne marche pas dans l’urgence et la réponse immédiate".

Est-ce que les annonces du président sont malgré tout susceptibles d’éteindre la colère des chercheurs ?

Les premières réactions sont mitigées. 5 milliards, ce n’est jamais que 0,2 % du PIB. Or, la France s’était engagée il y a 20 ans à porter son effort de recherche et développement à 3% du PIB. Il plafonne actuellement à 2,2%. Ce n’est pas cette annonce qui va changer la donne. Surtout que les chercheurs sont habitués aux promesses non tenues. 

La dernière grande loi sur la recherche, c’était il y a 15 ans. Déjà, les chercheurs s’étaient massivement mobilisés. Le gouvernement de Dominique de Villepin avait alors créé l’ANR, l’Agence nationale de la recherche, et promis de la doter d’un budget d’un milliard d’euros pour financer la recherche sur projets. Le milliard n’a jamais été au rendez-vous et les chercheurs s’épuisent à monter des dossiers, avec des chances très maigres d’obtenir un financement.

Est-ce que le problème, c’est seulement celui du financement ?

Non, en effet. Antoine Petit, le patron du CNRS a soulevé un tollé il y a quelques mois en déclarant qu’il souhaitait que la loi préparée par le gouvernement soit « inégalitaire » et « darwinienne » pour sélectionner les scientifiques et les laboratoires les plus performants. Cette logique de compétition, de financement sur projet, les chercheurs n’en veulent plus parce qu’ils la jugent contre-productive. C’est ce que disent 800 chercheurs dans une tribune publiée par le Monde début mars. 

Et que demandent-ils ?

Des financements pérennes pour la recherche fondamentale, parce que c’est elle qui donne naissance aux grandes innovations et aux percées thérapeutiques. Ce serait un tournant majeur : depuis quinze ans, les grands organismes comme le CNRS ou l’Inserm ont été mis au pain sec. Les gouvernements successifs ont préféré soutenir la recherche et développement des entreprises avec le Crédit impôt recherche : ça coûte 6 milliards d’euros par an aux finances publiques pour assez peu de résultats. Et ça n’a pas empêché les labos pharmaceutiques de réduire leurs dépenses de recherche dans l’Hexagone. Moralité : recherche privée ne rime pas toujours avec efficacité. Il faut une rupture, dit le président. Il a raison, mais c’est surtout la manière de penser de nos gouvernants qu’il faut changer.

On peut retrouver sur le site d’Alternatives Economiques des articles et des analyses sur l’impact de la crise du coronavirus

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