Stupeur chez les clients des banques puisque deux établissements viennent d’annoncer coup sur coup qu’ils vont taxer les dépôts de leurs clients.

Faut-il se préparer à devoir payer lorsque l’on déposera de l’argent à la banque ?
Faut-il se préparer à devoir payer lorsque l’on déposera de l’argent à la banque ? © Getty / PM Images

Faut-il se préparer à devoir payer lorsque l’on déposera de l’argent à la banque ?

La filiale française de la banque suisse Lombard Odier a franchi le pas, mais sous certaines conditions très restrictives :  seuls ses clients qui laissent dormir plus d’un million d’euros verront leurs dépôts taxés. Rothschild, l’autre banque qui s’apprête à faire de même, réservera, elle aussi, ses prélèvements à ses clients qui ont des liquidités importantes.

Quant aux grandes banques de réseaux, celles qui concernent la majorité d’entre nous, elles n’ont à ce jour aucun projet de ce type.

Mais pourquoi les banques ont-elles décidé de taxer les dépôts ?

Depuis 2014, la banque centrale européenne taxe, par le biais de taux négatifs, les liquidités que les banques de la zone euro déposent tous les jours dans ses coffres. Sur la seule année 2018, elles ont versé 7,5 milliards d’euros en intérêt négatifs à la BCE.

En taxant les dépôts, les banques veulent finalement partager avec leurs clients ce que la BCE leur fait payer.

On le découvre aujourd’hui en France, mais c’est déjà le cas notamment en Allemagne, mais aussi en Suisse, pays qui pratique également les taux négatifs.

Comment en est-on arrivé là ?

C’est la conséquence directe de la stratégie menée par la BCE de baisse des taux d’intérêt et d’injection massive d’argent, autrement appelée « Quantitive easing ».

Avec cette politique introduite à l’été 2012, il s’agissait de stopper la crise financière qui menaçait la zone euro et de relancer l’activité économique en poussant les banques à prêter.

Cette politique a plutôt été efficace, mais ce qui devait être exceptionnel s’est installé dans la durée. Les acheteurs immobiliers qui empruntent à taux zéro se frottent les mains. Les pouvoirs publics en redemandent. La seule baisse des taux d’intérêts devrait permettre à la France d’économiser plus de 3 milliards d’euros d’intérêt cette année. Avec la baisse des taux, la situation est devenue abracadabrantesque : plus l’Etat français s’endette et moins il paie d’intérêts.

Mais la médaille a son revers. Les taux zéro nourrissent la bulle immobilière dans les grandes capitales comme à Paris, rincent les épargnants, fragilisent les banques et les assureurs. Les taux bas n’incitent pas les Etats à se désendetter et finissent même par ne plus soutenir la croissance. Les prévisions livrées jeudi par l’OCDE sont alarmistes.

Il faut être clair, cette politique est en train de se retourner contre la zone euro.

Alors comment en sort-on ?

En changeant de politique bien entendu ! Les voix sont du reste de plus en plus nombreuses au sein de la BCE à le souhaiter. Mais ce ne sera pas simple, car les marchés se sont habitués à l’argent facile.

Cela suppose aussi d’ajouter à la seule politique monétaire, une politique budgétaire. Et là encore ce n’est pas simple. Certains pays comme la France, ont peu de marge de manœuvre financière, et d’autres comme l’Allemagne renâclent à pratiquer la relance budgétaire.

La taxation des dépôts est donc une anomalie qu’il ne sera pas simple à faire disparaître.

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