La guerre du bio est déclarée en France entre magasins spécialisés et grande distribution classique. Et entre petits producteurs et gros industriels.

De la viande bio, sans antibiotiques en supermarché
De la viande bio, sans antibiotiques en supermarché © AFP / David Himbert / Hans Lucas

Quel essor du marché du bio en France ? En tout cas, la guerre est déclarée entre les différents acteurs de la distribution du bio. Tout a commencé avec une publicité, que vous avez peut-être vu au cinéma. 

Un directeur de grande surface, en costume-cravate, évoque le fait qu'il vend des pommes biologiques dans les rayons de son magasin et finit par des propos cyniques : 

"C'est vraiment très important de vendre du bio pour nous, vous savez pourquoi ? Parce que cela rapporte énormément d'argent et que cela améliore notre image. Vous croyez quoi ? Qu'on fait ça par conviction ?"

Le personnage ressemble d'ailleurs étrangement à Alexandre Bompard, PDG de Carrefour. On le voit saluer des ouvriers agricoles qui épandent des pesticides dans le champ voisin, se faire offrir un verre de jus de pomme par un petit producteur exploité et partir dans son 4x4. Ce clip a été réalisé par le Syndicat national des distributeurs spécialisés de produits biologiques, le Synadis, qui regroupe par exemple, BioCoop, La Vie Claire ou Naturalia

Son objectif, c'est d'affirmer que les valeurs qu'ils défendent, celle de "la bio" comme le dit ses précurseurs, sont différentes de la démarche du bio industriel qui s'accommode fort bien de kiwis importés de Nouvelle-Zélande ou de tomates cultivées sous serre en hiver.  

Carrefour ou d'autres acteurs de la grande distribution n'ont pas dû apprécier ce spot humoristique

Le ton est d'ailleurs monté lors des réunions de l'Agence bio, l'organisme qui réunit l'Etat et les acteurs du secteur. La vraie raison de ces tensions, c'est que le marché du bio est en pleine croissance. Son chiffre d'affaires a doublé en cinq ans pour approcher les 10 milliards d'euros. Mais tout le monde ne profite pas de cet essor. La grande distribution rafle désormais presque la moitié du marché, tandis que ses acteurs historiques Biocoop, Naturalia et consorts ont vu leurs parts de marché reculer. Ils ne pèsent plus qu'un tiers des revenus du secteur. Et cet écart risque de se creuser. 

Et pourquoi ? 

Parce que derrière la guerre des magasins se joue un autre affrontement : celui des marques. Jusqu'à récemment, le gâteau du bio était partagé en trois parts égales. Les marques 100 % bio comme Bjorg ou Jardin bio. Les marques de distributeurs comme Casino Bio et les marques appartenant au géant de l'agroalimentaire Nestlé ou Danone, par exemple. Or, cet équilibre a été rompu en 2019. Les grandes marques ont raflé d'un coup près de 5 points de parts de marché, soit 500 millions d'euros de chiffre d'affaires.  

Comment expliquer cette percée du bio chez les grandes marques ?

Par leur savoir-faire, pour obtenir les meilleurs prix, les grands industriels n'hésitent pas à mettre en concurrence leurs fournisseurs, les agriculteurs bio en France avec des producteurs bio étrangers. Ils connaissent aussi très bien les rouages des négociations avec les centrales d'achats de la grande distribution et peuvent payer pour être référencés par elles. 

De son côté, la grande distribution apprécie de pouvoir mettre en concurrence ses fournisseurs. Leclerc, en particulier, a la réputation d'être très dur en affaires avec les producteurs.

L'offensive de la grande distribution, l'offensive des grandes marques... Tout cela, ça peut déstabiliser la filière agricole bio made in France ?  

Oui, potentiellement parce que jusqu'ici, certains distributeurs étaient plutôt engagés dans une démarche durable de construction de filières en payant des prix rémunérateurs aux petits producteurs. Cela dit, ce qui protège ces petits producteurs pour l'instant, c'est que la demande de bio progresse plus vite que l'offre. Ça leur donne du poids dans les négociations. Les premières victimes de cette concurrence, ça risque plutôt d'être les magasins bio indépendants parce qu'ils vendent moins que la grande distribution et qu'ils ont donc besoin de marges plus importantes pour survivre.

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