Malgré la crise, les créations d’entreprises atteignent un niveau record. C’est bon signe pour l’économie française ?

L’envers du boom des créations d’entreprises.
L’envers du boom des créations d’entreprises. © Getty / Constantine Johnny

C’est en réalité plutôt le contraire. Près de 850 000 entreprises ont été créées en France en 2020, selon l’Insee. Soit 35 000 de plus qu’en 2019. C’est un record en effet, mais qui s’explique par le succès persistant du statut de microentrepreneur. Dans le détail, on observe un boom des créations d’entreprises individuelles dans le secteur du transport : concrètement, les chauffeurs de VTC et les coursiers à vélo ont été toujours plus nombreux à se lancer l’année dernière. Des activités qui ont plutôt profité des confinements et du couvre-feu. Pour nombre de jeunes, c’est souvent une question de survie face au marasme du marché du travail. On est donc loin de la start-up nation dont rêve Emmanuel Macron. D’autant que les créations d’entreprises sous forme de société, elles, ont tendance à stagner. Ce sont pourtant elles qui participent au renouvellement du tissu productif.

Est-ce que les microentrepreneurs s’en sortent ?

Non, c’est bien le problème. L’Acoss, l’organisme qui est le trésorier de la Sécu, a fait le point sur leur situation fin décembre. On comptait fin 2019 un million d’indépendants de plus qu’en 2009, dont la moitié sont des microentrepreneurs. Les revenus de ces microentrepreneurs sont très faibles : 5 600 euros en moyenne par an, contre 42 000 euros pour les indépendants classiques. Résultat : beaucoup jettent l’éponge. Seul un microentrepreneur sur trois est encore actif trois ans après son immatriculation. Et ça, c’était avant la crise. 

Leur situation ne s’est pas arrangée depuis…

Non, l’union des autoentrepreneurs tire d’ailleurs la sonnette d’alarme : 80 % des autoentrepreneurs affichent un chiffre d’affaires en baisse de 40% ou plus depuis le premier confinement par rapport à 2019. La moitié se retrouvent sans aucune ressource. Et c’est souvent difficile pour eux d’accéder au fonds de solidarité mis en place par le gouvernement pour aider les entreprises en difficultés. Ils n’ont pas droit au chômage non plus. Emmanuel Macron avait pourtant promis que les indépendants pourraient en bénéficier. Dans les faits, les conditions sont très restrictives. Les microentrepreneurs sont vraiment les grands oubliés de cette crise. 

Comment le gouvernement pourrait-il leur venir en aide ? 

François Hurel, le président de l’union des autoentrepreneurs, demande à ce qu’une aide de 500 à 600 euros par mois soit versée à tous ceux dont l’autoentrepreneuriat est la principale source de revenus, soit 400 000 personnes. Ça coûterait un milliard d’euros sur six mois. On verra si le quoi qu’il en coûte a ses limites.

Le gouvernement pourrait aussi accélérer le chantier du statut et de la protection sociale des travailleurs des plateformes. Nombre d’autoentrepreneurs travaillent pour des entreprises comme Uber ou Deliveroo, qui sont les véritables gagnants de la crise. Depuis des mois, le gouvernement louvoie, enchaîne les missions et les concertations. On sent bien qu’il est réticent à l’idée d’imposer trop de contraintes aux plateformes et qu’il cherche tous les moyens pour éviter que la justice ne requalifie leurs travailleurs en salariés. Ils font pourtant partie de ces « travailleurs de la deuxième ligne » salués par le président dès le premier confinement. Il est donc plus que temps de leur exprimer la reconnaissance du pays autrement qu’avec des mots.

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