L’homme d’affaires Frédéric Jousset crée un fonds de 100 millions d’euros pour investir dans la culture, un secteur durement touché en cette période de crise sanitaire.

Au Louvre, même la salle avec La Joconde est quasiment désertée
Au Louvre, même la salle avec La Joconde est quasiment désertée © AFP / Ludovic Marin

L’initiative mérite en effet d’être soulignée. C’est fréquent aux Etats-Unis, rare en Europe, encore plus en France. Frédéric Jousset a cofondé Webhelp, il y vingt ans. Webhelp est un leader mondial des centres d’appels, on appelle ça aujourd’hui l’externalisation de la gestion de l'expérience client : 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires, plus de 50 000 collaborateurs, une belle aventure. Mais il avait envie de passer à autre chose. Ces dernières années, il est devenu père, il a gravi les pentes de l’Everest, il vient d’avoir 50 ans et le confinement lui a donné envie de se réinventer. Il garde 23% du capital de Webhelp et reste impliqué dans les fusions-acquisitions. Mais cela ne prendra que 20% de mon temps. Le reste, il va le consacrer à l’entrepreneuriat, la culture avec un fil conducteur : l’accès à la culture pour tous. Il part d’un triste constat : soixante ans après la promesse d’André Malraux de démocratiser les œuvres capitales de l’humanité, c’est un échec. Selon une étude du ministère de la Culture, seul un Français sur deux visite un musée chaque année, et 70% n’iront jamais à un concert de musique classique. Il faut que cela change.

Comment veut-il s’y prendre ?

Il a créé un fonds de dotation qui deviendra bientôt une fondation, Art Explora. Ce fonds est doté de 6 millions d’euros en capital permanent. Il a lancé le prix Art Explora-Académie des beaux arts, qui offrira 150 000 euros aux trois musées européens les plus innovants dans leur capacité à élargir leur public. Il crée une résidence pour dix artistes dans la Cité internationale des arts, à Paris, une plateforme d’éducation en ligne avec la Sorbonne, et un musée mobile avec le Centre Pompidou, qui sillonnera la France. La fondation sera financée par ArtNova premier fonds d’investissement à impact dans les industries culturelles et créatives, qu’il alimente sur ses fonds propres de 100 millions d’euros.

Le projet n’est pas entièrement philanthropique. Il doit dégager des profits.

C’est même une nécessité. La moitié des gains réalisés dans ArtNova sera reversée dans la fondation. Le fonds doit financer des projets immobiliers valorisant le patrimoine culturel et des start-up. Ils viennent de rénover le Relais de Chambord, l’hôtel en face du château de Chambord, dont ils sont concessionnaires pour cinquante ans. Mais l’homme est surtout obsédé par cette idée de démocratisation culturelle. Ca remonte à loin. Sa mère était conservatrice à Beaubourg. Il a passé son enfance au musée. Depuis il s’est impliqué dans la conception du pass Culture, il est grand mécène et administrateur du Louvre il a racheté Beaux Arts Magazine. Et son rêve à présent, désormais, est que la fondation devienne l’équivalent dans la culture de Greenpeace dans l’écologie.

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