Au total, 14 réacteurs sont concernés. Est-ce le signe que la France tourne le dos au nucléaire ?

Centrale nucléaire près de Cattenhom dans le nord-est de la France
Centrale nucléaire près de Cattenhom dans le nord-est de la France © Getty / Allard Schager

C’est vraiment prématuré d’en tirer cette conclusion. Ces fermetures, c’est la traduction de l’engagement pris par le président de la République de faire tomber la part du nucléaire de 70% à 50 % de la production d’électricité dans l’Hexagone en 2035 pour faire plus de place aux renouvelables. Et encore certains experts font remarquer qu’il faudrait probablement fermer plus de réacteurs pour tenir cet objectif de 50 %, parce que la consommation d’électricité pourrait baisser à l’avenir.

Il n’est donc pas question de sortir du nucléaire, comme en Allemagne...

Non, et d’une certaine manière, ce calendrier est une bonne nouvelle pour EDF. Cela revient à l’autoriser à allonger la durée de vie de ses réacteurs jusqu’à cinquante ans, voire plus. Alors que certains équipements, comme les cuves, ont été conçus pour durer 40 ans. Il faut espérer que ça ne se fasse pas au détriment de la sécurité. En tout cas, ça va apporter une bouffée d’oxygène à EDF sur le plan financier.

EDF en a besoin ?

Oh que oui. L’électricien tricolore doit faire face à trois défis : une dette colossale qui a triplé en dix ans, la facture des chantiers comme l’EPR de Flamanville qui explose et un mur d’investissements pour rénover ses vieilles centrales. C’est pourquoi le gouvernement multiplie les gestes pour sauver le soldat EDF.

Il vient de proposer de réformer le mécanisme de l’ARENH, qui permet aux concurrents d’EDF d’acheter à prix fixe une partie de sa production d’électricité nucléaire pour la revendre aux particuliers et aux entreprises. Un mécanisme censé stimuler la concurrence sur le marché de l’électricité. EDF se plaint que ce tarif est trop bas. Le gouvernement veut donc instaurer à la place un prix plancher et un prix plafond. ça permettrait en pratique à EDF de mieux rentabiliser son parc nucléaire. Mais ce n’est pas tout. Connaissez-vous la RE 2020 ?

Connaissez-vous la RE 2020 ?

C’est la nouvelle réglementation qui s’appliquera pour la consommation énergétique des logements neufs à partir de 2021. Je vous passe les détails techniques, cette chronique n’y suffirait pas. Ce qu’il faut retenir c’est que le gouvernement a changé les paramètres de ces règles. 

Du coup, on devrait assister au grand retour des radiateurs électriques dans les logements neufs. Ils sont pourtant loin d’être la solution de chauffage la plus efficace. Tout ça laisse l’impression que l’impératif écologique passe derrière le souci d’EDF de vendre des kilowatt/heures. De quoi justifier la construction de nouvelles centrales nucléaires…

La décision de construire de nouveaux réacteurs n’a pourtant pas encore été prise…

Le gouvernement a dit qu’il ne prendrait la décision de construire six nouveaux EPR qu’après la mise en service de celui de Flamanville, soit aux dernières nouvelles en 2023… si tout va bien. Et Elisabeth Borne, la ministre de la transition énergétique, a assuré qu’un scénario alternatif avec 100 % de renouvelables serait étudié. 

Mais ce que craignent les associations écologistes, c’est que l’on résigne pour une nouvelle tranche de nucléaire sans réel débat démocratique. C’est une technologie risquée on le sait, son coût le rend de moins en moins compétitif face aux renouvelables et il prend tellement de temps à construire qu’il apparaît inadapté pour faire face à l’urgence climatique. Ça mérite donc discussion. Tiens, quelqu’un devrait suggérer à Emmanuel Macron de faire du nucléaire le thème d’une convention citoyenne.

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