Cela va-t-il avoir un impact important sur le prix des voitures neuves ?

Oui, si vous avez décidé de changer de voiture en 2020, ça peut faire mal. Jusqu’à 20 000 euros pour un véhicule émettant plus de 184 grammes de CO2 par kilomètre. Le malus maximum va quasiment doubler par rapport à 2019. Alors bien sûr, il ne s’applique pas à la voiture de Monsieur Tout-le-monde. Mais à des très grosses cylindrées de luxe : Ferrari, Jaguar, Land Rover ou le haut de gamme des marques allemandes. Des voitures dont le prix démarre autour de 100 000 euros. C’est moins de 1% des ventes d’automobiles en France. 

Pour les voitures les moins polluantes, le malus commence à 50 euros mais il grimpe vite ensuite. Si vous achetez un Peugeot 2008 PureTech essence à 1,6 litre et 180 chevaux – il coûte quand même déjà plus de 35 000 euros – votre malus passera de 90 à 650 euros. 

C’est une mauvaise nouvelle pour le portefeuille, mais une bonne nouvelle pour l’environnement ?

C’est une surprise en tout cas, parce que le gouvernement a opéré un véritable tête-à-queue sur le sujet : en 2019, il avait choisi de baisser le malus pour toutes les catégories de voitures. Mais est-ce que cette augmentation en 2020 sera suffisante pour pousser les consommateurs à changer leurs comportements d’achat ?

Pour les voitures concernées par le malus maximum peut-être, pour celles qui polluent moins, ce n’est pas sûr, d’autant que les constructeurs se préparent à faire des rabais pour compenser cette hausse. 

Mais le gouvernement pouvait-il aller plus loin ?

Oui, il a écarté un amendement porté notamment par le député Matthieu Orphelin qui voulait instaurer un malus complémentaire basé sur le poids du véhicule. Son objectif, c’était de donner un coup d’arrêt à l’engouement pour les SUV : ces mastodontes représentent désormais 4 voitures neuves vendues sur dix et ils consomment un quart d’énergie en plus qu’un véhicule moyen.

Au niveau mondial, ils sont la deuxième source d’augmentation des émissions de CO2 depuis dix ans. C’est pourquoi France Stratégie, le think tank du gouvernement, préconise d’indexer le malus automobile sur leur poids. Cela aurait l’avantage de décourager aussi l’achat de SUV électriques. Car on le sait peu : la fabrication d’une batterie électrique consomme beaucoup d’énergie et un gros SUV électrique peut émettre plus de CO2 sur son cycle de vie qu’une petite essence.

Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas suivi cette préconisation alors ?

Parce qu’il voulait épargner les constructeurs français qui vendent des SUV de milieu de gamme. 

Toute la filière automobile française tire la sonnette d’alarme depuis des mois : 2020 sera l’année de tous les dangers, les ventes sont en baisse un peu partout dans le monde et de nouvelles règles européennes imposent aux constructeurs de mettre sur le marché des véhicules émettant 95 grammes au kilomètre en moyenne, sous peine de très grosses amendes.

Cela ne sera possible qu’en poussant les feux de l’électrique. Une mauvaise nouvelle pour le tissu des sous-traitants dans l’Hexagone, très structuré autour de la production de moteurs thermiques, essence ou diesel. Le gouvernement a promis 50 millions d’euros pour accompagner le choc conjoncturel et la transition écologique de la filière. Pas sûr que ça suffise. Dans l’automobile comme dans bien d’autres secteurs, une vraie politique du Made in France reste à réinventer.

  • A la une du numéro de janvier d’Alternatives Economiques :

Un grand dossier sur la pollution engendrée par notre usage intensif du numérique.

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