C’est le débat qui monte depuis quelques jours chez les politiques et les économistes. Le gouvernement l’écarte aujourd’hui mais qu’en sera-t-il plus tard, à mesure que la crise s’aggravera et que son coût augmentera ?

Faut-il augmenter les impôts pour financer cette crise ?
Faut-il augmenter les impôts pour financer cette crise ? © Getty / AlexSava

C’est une bonne question et il est un peu tôt pour y répondre. En tout cas, c’est bel et bien le débat du moment, un débat qui ne laisse personne indifférent. Plusieurs économistes et non des moindres, Thomas Piketty ou la prix Nobel d’économie Esther Duflo, sont favorables à un retour de l’ISF. Laurent Berger le secrétaire général de la CFDT a très tôt estimé qu’il fallait une participation des plus hauts revenus.

Les politiques se font aussi entendre sur le sujet, surtout à gauche. Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise sont d’avis de faire payer les plus aisés. François Hollande également.

En face, il y a ceux qui sont contre, sans surprise le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, des parlementaires de droite, mais aussi le gouvernement. 

Pour autant, la majorité n’est pas, ou n’est plus tout à fait à l’unisson. Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, écarte ainsi un rétablissement de l'ISF, tout en se disant favorable à un débat sur une « contribution des plus aisés », pour la « solidarité ». Une bonne manière d’entrouvrir la porte...

Quels sont les arguments des uns et des autres sur ce sujet ?

Justice et solidarité sont les principaux arguments avancés par ceux qui souhaitent une contribution des plus riches. Justice et solidarité parce qu’ils rappellent que cette crise frappe avant tout les plus fragiles, mais aussi parce qu’ils jugent qu’il ne faut écarter aucune piste, même symbolique, pour financer cette crise au coût vertigineux.  

Le gouvernement lui ne veut pas de cette solution. Pour régler la facture colossale il a son plan : il table sur le retour de la croissance, la monétisation de la dette, autrement dit son rachat par la banque centrale européenne, et la solidarité de l’Europe qui avance non sans mal. 

Et puis Emmanuel Macron et ses ministres ont la conviction qu’il faut tout faire pour éviter les hausses d’impôt. Ils ne pas manquent pas d’arguments il est vrai. D'abord parce que l’explosion des taxes et autres impôts consécutive à la crise de 2008 a conduit à une perte de compétitivité et à un affaiblissement structurel de la croissance que paie toujours l’économie française. 

Est-ce bien raisonnable d’ajouter de l’impôt à l’impôt dans un pays champion des prélèvements obligatoires ? 

Enfin, et surtout, souvenons-nous du ras le bol fiscal des Français. Il est partout, chez les gilets jaunes, mais aussi chez les plus aisés. Faut-il le rallumer d’une manière ou d’une autre, alors que la priorité est de tout faire pour relancer une machine économique dans une situation dramatique ? 

Rappelons qu’en avril, le chômage a explosé ( 800 000 demandeurs d’emploi) ; et la croissance s’est effondrée : - 20%.

L’urgence ce n’est pas de taxer mais bien de relancer l’activité, "quoi qu’il en coûte" pour paraphraser le chef de l’Etat. C’est ensuite qu’il faudra s’interroger sur le meilleur moyen de lutter contre les inégalités, qui sont indiscutablement l’un des maux de notre société. Là encore, les gilets jaunes nous ont rappelé qu’il est urgent d’agir.

A ce sujet, l’impôt est un bon outil de redistribution et de lutte contre les inégalités, mais ce n’est pas le seul. L’éducation, la lutte contre les rentes, la participation des salariés aux fruits de la croissance de l’entreprise sont quelques exemples de pistes sur lesquelles il faut réfléchir.

Emmanuel Macron a installé jeudi un comité d’économistes chargé de plancher sur les trois "grands défis" du monde de demain : le climat, la démographie et les inégalités. Et je suis impatient de lire ses conclusions.

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