A l'heure où l'on parle beaucoup de réindustrialisation, on s'intéresse à une filière qui reprend du poil de la bête dans l'Hexagone : la fabrication de vélos.

Le vélo Made in France remonte la pente
Le vélo Made in France remonte la pente © Getty / the_burtons

Pour parler comme Arnaud Montebourg "le vélo made in France est en train de faire sa remontada". Longtemps, le secteur a détruit des emplois, il en crée à nouveau depuis 2014. Les usines tournent à plein régime, comme celle d’Arcade cycles, une PME vendéenne, qui a vu son chiffre d’affaires multiplié par 3 depuis 2010. Et de nouvelles entreprises se créent, telle Moustache, née il y a dix ans, qui produit 50 000 vélos électriques par an dans son usine près d’Epinal. Alors, bien sûr, on reste loin de l’âge d’or de l’industrie tricolore du cycle durant les 30 glorieuses. La production française ne suffit d’ailleurs pas à répondre à nos besoins domestiques : 700 000 cycles sont produits dans l’Hexagone chaque année, alors que les Français en achètent 2,6 millions. Nous restons donc très dépendants des importations, notamment en provenance d’Asie.

Les bénéfices d’un effet covid ?

Oui, nombre d’usagers des transports en commun se sont mis à la petite reine pour fuir les bus et les métros bondés, mais la tendance vient de loin. L’usage du vélo se développe depuis dix ans et les achats suivent. Le boom des vélos électriques est aussi une bonne nouvelle. Depuis l’année dernière, ils représentent plus de la moitié de la valeur des ventes totales de vélos en France. Et ce sont des produits qui se vendent plus cher : 2000 euros en moyenne. Un niveau de prix qui permet à l’usine France de redevenir plus compétitive face aux pays à bas coût.

Mais la bonne santé du vélo français, on la doit surtout à l’Europe.

Une fois n’est pas coutume, Bruxelles n’est pas restée l’arme au pied : depuis 1993, les importations de vélos chinois sont soumises à des taxes anti-dumping de près de 50 %. Les industriels du Vieux Continent ont en effet pu démontrer que les fabricants de l’Empire du Milieu vendaient en dessous de leur coût de revient. Ces taxes anti-dumping s’appliquent aussi à des pays comme l’Indonésie, la Malaisie ou la Tunisie, où les fabricants chinois avaient délocalisé leur production pour contourner les règles européennes. Cela a permis de sauver des milliers d’emplois en France et en Europe.

L’histoire d’une réindustrialisation réussie ?

Il y a un gros bémol tout de même. Les fabricants français de vélos sont en réalité très souvent des assembleurs. Seul un quart de la valeur de ces vélos est vraiment produit en France. La plupart de leurs pièces - le cadre, la fourche, le dérailleur… viennent de l’étranger, d’Asie principalement. Et il n’existe pas de taxes anti-dumping sur ces pièces qui permettrait de protéger une fabrication européenne.

Cette dépendance entraîne aujourd’hui des tensions dans les approvisionnements. Il reste donc à la filière française du vélo à reconstituer des savoir- faire, à investir, à innover pour se mettre à fabriquer des composants, en privilégiant ceux à forte valeur ajoutée. L’Etat a son rôle à jouer. Il a déversé des milliards sur l’automobile et l’aéronautique pour les aider. Il peut bien donner un coup de pouce à cette petite filière qui a son rôle à jouer dans la transition énergétique.

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