Les plateformes numériques sont les grandes gagnantes de la pandémie. Et parmi elles, Netflix, le géant américain de la vidéo en ligne…

Le culte de la performance
Le culte de la performance © Getty / Ezra Bailey

Les confinements à répétition ont boosté les abonnements aux services de vidéo à la demande : en 2020, Netflix a gagné 37 millions d’utilisateurs dans le monde. Il en compte désormais 210 millions. Et son chiffre d’affaires a bondi d’un quart pour atteindre 25 milliards de dollars. L’entreprise ne devrait pas rééditer le même exploit en 2021 : les gens ne sont plus enfermés chez eux, ils passent moins de temps devant les écrans et la concurrence entre plateformes s’intensifie. 

En France, Netflix vient de perdre pour la première fois du terrain face à Amazon Prime et Disney . Mais ça reste un investissement prometteur pour ses actionnaires : Netflix vaut désormais presque 270 milliards de dollars en bourse, deux fois L’Oréal. Sa réussite profite aussi à ses salariés. Savez-vous qu’ils reçoivent des primes si le nombre moyen de minutes que les abonnés passent à regarder ses programmes augmente ?

Ça a tout l’air d’être une entreprise où il fait bon travailler…

Alors je n’irai pas jusque-là. Une chose est sûre, c’est qu’il y règne une culture du travail atypique. Son patron Reed Hastings se prend d’ailleurs pour un gourou du management. Sa méthode, il l’a expliquée en 2009 dans une présentation qui depuis a été partagée plus de 20 millions de fois sur internet. 

Contre la culture du contrôle qui règne dans la plupart des entreprises, Reed Hastings prône la liberté, la responsabilité et la confiance dans les salariés. Ces derniers sont incités à prendre seuls des décisions, ils ne sont pas obligés de faire valider leurs frais professionnels ou leurs congés, le matériel informatique est en libre accès. Ajoutez à cela que l’entreprise se vante de payer des salaires supérieurs de 25 % en moyenne par rapport à ses concurrents.

C’est presque trop beau pour être vrai…

Oui, on est en réalité bien loin du monde des bisounours. Si l’entreprise paie si bien, c’est qu’elle ne veut compter que les meilleurs dans ses rangs. Pour Reed Hastings, l’entreprise n’est pas une famille mais une équipe de sportifs de haut niveau. On s’entraide entre coéquipiers, mais si vous avez un coup de mou un peu prolongé, vous recevez un chèque et prenez la porte.

En 2001, lors de l’explosion de la bulle internet, Netflix avait été contraint de licencier 40 salariés. Son patron avait été étonné de constater que malgré cela, l’équipe restante abattait une charge de travail plus importante. Depuis Reed Hastings est convaincu qu’un membre moyennement performant dans une équipe fait baisser les résultats de tout le groupe. Du coup, l’entreprise a mis en place ce qu’elle appelle un « Keeper test ».

Qu’est-ce que c’est ?

Régulièrement, les managers sont invités à se demander comment ils réagiraient face au départ d’une personne de leur équipe. Essaieraient-ils de la faire changer d’avis ou bien seraient-ils soulagés ? Dans ce cas, la direction conseille de se séparer du salarié en lui versant des indemnités confortables. Un véritable darwinisme numérique, qui a créé une culture de la peur dans l’entreprise, à en croire le Wall Street Journal. De quoi peut-être fournir la trame d’un nouvel épisode de la série Black Mirror.

« Chez Netflix, le culte de la performance poussé à son paroxysme », c’est une enquête à retrouver sur le site d’Alternatives Economiques.
A signaler aussi en kiosque le mensuel de septembre avec un grand dossier intitulé : Comment travaillerons-nous après le covid ?

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