Début octobre Carrefour et Auchan ont stoppé leurs discussions en vue d’un rapprochement. La création d’un mastodonte du commerce n’aura pas lieu. En tout cas pas cette fois. Faut-il se préparer à un grand mariage dans la distribution en France ?

Enseignes de plusieurs magasins de grande distribution
Enseignes de plusieurs magasins de grande distribution © AFP / Jacques DEMARTHON, Damien MEYER, Eric PIERMONT, Rémy GABALDA, Jean-Sebastien EVRARD, Mychele DANIAU / AFP

Prochainement, je ne sais pas, mais ce n’est absolument pas à écarter. Il y a quelques semaines Auchan et Carrefour ont exploré un rapprochement. Deux ans auparavant, Carrefour avait frappé à la porte de Casino, sans succès là non plus. 

En 2015, Système U et Auchan ont envisagé d’unir leurs hypermarchés. Les tentatives de mariages sont loin d’être théoriques.

Mais qu’est-ce qui pousse les géants du commerce à se rapprocher ?

Le métier est devenu difficile. Une dizaine de distributeurs se battent en France sur un marché qui stagne, voire qui baisse en volume les mauvaises années.  Et surtout le métier change du tout au tout.  

Premier big bang : le commerce en ligne. Longtemps marginal dans la distribution, il grappille des parts de marché à vive allure. Les distributeurs traditionnels s’y sont mis – Leclerc est le champion incontesté du Drive –, mais ils subissent les assauts de nouvelles entreprises. Qu’il s’agisse d’Amazon bien sûr, mais aussi de start-up comme Gorillas, Flink et d’autres encore.  

Autre évolution majeure qui secoue le secteur, le désamour des clients pour l’hypermarché, le symbole même de la révolution commerciale de la fin du siècle dernier.  Trop grands, trop impersonnels, ils ne font plus rêver au grand dam de Carrefour ou Auchan. 

Ajoutons la guerre des prix. Elle est impitoyable depuis 20 ans et lamine les marges alors que les distributeurs doivent investir massivement, notamment pour se digitaliser et répondre au big bang du commerce. Autant de facteurs qui poussent les distributeurs à se rapprocher pour faire disparaître un concurrent tout en renforçant leurs moyens financiers.

Un mariage menacerait-il le pouvoir d’achat des clients  ?

Le pouvoir d’achat, c’est la préoccupation numéro un de beaucoup de Français. C’est également celle du gouvernement qui vient d’annoncer une dizaine de milliards d’euros d’aides pour répondre à la hausse des prix de l’énergie et des carburants et surtout éviter l’embrasement social à quelques mois de la présidentielle… 

Quant aux distributeurs, ils ont fait de la défense du pouvoir d’achat l’un de leurs arguments clés pour attirer les clients. Ils sont donc montés au front en proposant les carburants à prix coûtant. La bataille des prix n’est donc pas prête de disparaître. 

En revanche, avec ou sans mariage du reste, le marché devrait peu à peu se scinder en deux. Les hard discounteurs comme Aldi et Lidl, et peut-être un ou deux indépendants comme Leclerc miseront sur les prix bas et sauront en vivre. Les autres abandonneront probablement cette bataille pour se positionner sur la proximité, le service, le bio recherchés par une clientèle dont le prix n’est pas le principal critère d’achat.

Pourquoi les tentatives de rapprochement n’aboutissent pas pour l’instant ?

Une grande fusion offre des synergies et des moyens financiers précieux, mais elle est aussi synonyme de réductions d’effectifs et de cessions de magasins en urgence, donc pas dans les meilleures conditions. C’est donc loin d’être simple.

Faut-il en conclure que les mariages sont impossibles ? Le rachat d’un géant français par un groupe étranger serait probablement plus simple, à condition et ce n’est pas une mince affaire de convaincre l’Etat. Souvenons-nous, ce n’est pas si vieux, Bruno Le Maire a mis l’an dernier son véto lorsque le canadien Couche-Tard a tenté de s’offrir Carrefour !

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